LA GENÈSE DE L’ALAT INDOCHINE ET ALGÉRIE

Les décrets du 3 mars 1952 et du 22 novembre 1954 sont à l’origine de l’aviation légère de l’armée de terre (Alat) : Le premier  précise que l’aviation légère d’observation d’artillerie (ALOA) fait partie de l’armée de terre et non plus de l’Armée de l’Air, le second crée le commandement de l’aviation légère de l’armée de Terre (COMALAT) qui succède à LALOA.

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Vertol H21 (banane) La 4e compagnie du 151 RI est héliportée Vertol H 21 (banane) le 5 avril 1961 en Algérie pour l’opération November 34

Lors de la création de l’armée de l’Air en 1933, la question des moyens aériens dédiés à l’armée de terre ses posée. En effet, le général Weygand vice-président du Conseil supérieur de la Guerre avait alors jugé inexorable la reconstitution d’une force aérienne terrestre. C’est la raison pour laquelle après 1936, lors du réarmement français, des groupes aériens d’observation furent créés, avec pour principale mission le réglage des tirs d’artillerie. Outre des appareils d’observation classiques comme les avions, leur équipement comprenait des autogires, premier appareil à voilure tournante. Ceux-ci n’étaient pas encore à même d’effectuer des vols stationnaires.

En 1939-1940, le débat resurgit au sein de l’armée de l’Air : Le général Vuillemin, alors chef d’état-major, partisan de l’autonomie de son armée, et le général d’Astier de la Vigerie commandant les forces aériennes du groupe d’armées Nord, considèrent que l’armée de terre ne pouvait se passer d’un appui aérien. Cette opinion débouchait de facto sur le commandement des escadres aériennes par la hiérarchie terrestre. La campagne de France et la défaite mettent un point final à ce débat. Les combats de la Libération s’effectuent quant à eux sur les normes d’organisation et d’équipement de l’armée américaine. C’est ainsi qu’apparaissent les sections d’observation d’artillerie composées d’un avion léger biplace, le Piper Cub. Ces appareils recevaient parfois d’autres missions que l’observation. C’est depuis ce type d’appareil, appartenant à la 2e Division blindée, que fut lâché le message du général Leclerc aux FFI, aux dessus de Paris le 24 août 1944 : Tenez bon nous arrivons! Après 1945, lors de la réorganisation des armées, l’armée de l’Air se montre toujours opposée à ce que l’armée de terre dispose de sa propre force aérienne. Néanmoins, les sections d’observation sont renforcées et regroupés en pelotons.

Les premiers hélicoptères en Indochine : les balbutiements

C’est dans un contexte général assez flou que la 9e division d’infanterie coloniale débarque en Cochinchine, fin 1945, avec son peloton d’avions (des Piper cub d’observation puis des Morane 500). Progressivement, trois groupes d’aviation d’observation d’artillerie (GAOA) sont créés en Indochine : le 1er à Hanoï, le 2e à Saïgon et le 3e à Touraine, puis au Tonkin. Les pelotons d’avions seront peu employés dans leur fonction première d’observation d’artillerie.

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Indochine : Une Evasan par un appareil Hiller 360 UH 12 ou 360 UH 12 A

Le Morane 500, pouvant se poser sur une courte distance et transporter deux blessés, en position couchée, sera alors utilisé lors d’évacuations sanitaires. Une autre fonction va rapidement s’imposer : L’appui au commandement. En octobre 1950, lors des combats de la route coloniale no4 d’une grande importance stratégique surnommée la route sanglante, le colonel Constans, commandant la zone frontière, n’a pu assurer une permanence des liaisons radio sur un terrain extrêmement découpé et compartimenté, que par l’intermédiaire d’un Morane qui survolait sa colonne. Mais c’est le général de Lattre, commandant en chef durant l’année 1951, qui va donner toute son ampleur à cet emploi. Dès le mois de janvier, c’est grâce à un appareil de ce type qu’il se pose à plusieurs reprises à Vinh Yen, au contact direct de ses commandants de groupes mobiles, engagés dans un dur combat contre plusieurs unités du corps de bataille vietminh.

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Arrivée du 1er appareil Cessna L19 à Saïgon le 23 mars 1954

Il peut ainsi donner ses ordres en temps réel. Tout au long de la durée de son commandement. Le général de Lattre aura recours en permanence à ce moyen de transport pour s’affranchir des difficultés du terrain. Ses successeurs suivront son exemple. En 1950, un événement va révolutionner l’emploi de L’ALAT. Pour assurer les évacuations sanitaires d’urgence sur des terrains inappropriés au poser du Morane 500, le directeur du service de santé en Indochine, le médecin général Robert obtient l’achat par la France de deux hélicoptères Hiller. Ainsi, le 16 mai 1950, en réponse à un message radio demandant l’évacuation de blessés du 1er bataillon coloniale de commandos parachutistes dans le secteur de tan Uyen, le lieutenant Santini, devenu en 1949 le premier pilote d’hélicoptère français, basé à Saïgon, utilise l’hélicoptère du service de santé des armées pour effectuer sa première mission opérationnelle. Auparavant, ces évacuations devaient se réaliser à pied, parfois sur des kilomètres à travers la jungle et rizières.

Progressivement, le nombre d’appareils va s’accroître tant et si bien qu’avec l’arrivée des premiers hélicoptères Sikorski (Sikos), l’AOA crée, en son sein, un Groupement des formations d’hélicoptères de l’armée de terre en Indochine. Ce groupement est articulé en deux escadrilles : L’une composée d’hélicoptères légers (HL) Hiller et l’autre l’hélicoptère de manœuvre (HM) Sikorski. Le premier groupement d’hélicoptères de l’armée de terre était né. L’escadrille HM procède aux premiers héliportages de sections d’infanterie (transport de troupes), notamment dans le Delta. Quant à l’HL, leur rôle dans les évacuations sanitaires ira croissant, notamment en 1952. À Dien Bien Phu, la piste et le camp étant sous le feu des mitrailleuses anti-aériennes Vietminh. Les HL ne peuvent plus se poser à compter de la fin mars. Les Sikorski S 55, pouvant transporter jusqu’à six blessés couchés permettent de sauver la vie de nombreux soldats.

Au terme de la guerre d’Indochine, l’ALOA a acquis son autonomie d’organisation, gagné ses lettres de noblesse au combat et commencé à démontrer les remarquables possibilités tactiques du nouveau système d’armes, l’hélicoptère. La même année, les hélicoptères s’envolent vers l’Algérie.

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Alouette II sur le sol algérien

L’ALAT en Algérie : l’hélicoptère supplante définitivement l’avion

Les opérations conduites dans le cadre du conflit algérien vont véritablement voir éclore l’ALAT nouvelle appellation de l’ALOA depuis 1954, elle va être employée dans le cadre de missions de liaisons commandement et d’évacuations sanitaires, et surtout, en tant que moyen destiné à accroître la mobilité d’unités de combat à pied. Ainsi, les hommes, qui évoluent sur un terrain souvent escarpé et dépourvu d’axes secondaires, pourront être transportés directement sur un point précis, gagnant du temps et s’épargnant de la fatigue. Dans le cadre, l’ancien tandem canon Piper va ce trouvé supplanté par celui compagnie d’infanterie (souvent parachutiste) hélicoptère de manœuvre.

Le colonel Jeanpierre commandant le 1er régiment étranger de parachutistes, inspecté sur le terrain par le ministre Jacques Chaban-Delmas lui fait le compte rendu suivant : Enfin il est fait un usage intensif de l’hélicoptère. Celui-ci est tenu, au 1er REP, comme le seule engin moderne vraiment valable et payant dans la guerre submersible. La plupart des succès remportés par le groupe mobile du 1er REP sont dus à l’emploi de l’hélicoptère par une troupe de qualité, c’est-à-dire au choc dès le débarquement. Enfin 1954, au moment des premiers attentats, un seul GAOA est implanté sur le territoire algérien. Rapidement sollicité, il doit être renforcé et moyens et en personnels à partir des formations de métropole. Bientôt des hélicoptères sont affectés aux pelotons mixtes, avions-hélicoptères. Mais les formations initiales prennent leur autonomie. Dès 1955, le groupement d’hélicoptères no2 est mis sur pied à Sétif. C’est à sa tête que le lieutenant-colonel Crespin expérimente les détachements d’intervention héliportés (DIH) employés soit dans le cadre d’une grande unité ou au sein d’une formation des réserves générales, soit à l’intérieur d’une zone, voire un secteur. En 1956, l’orsqu’une réorganisation du commandement de la 10e Région érige en corps d’armée les trois anciennes divisions (Alger, Oran et Constantine), un groupement ALAT est mis sur pied au sein de chacune d’entre elles.

Ces groupements réunissent 32 pelotons divisionnaires dont 15 sont mixtes. Quantitativement, en 1960, apogée de la phase opérationnelle du conflit, 394 hélicoptères (HL Bell et Alouette II HM H 21 banane et S 55 Sikorski) sont servis par des équipages appartenant à l’armée de Terre. Née de façon embryonnaire en Indochine, l’ALAT gagne ses lettres de noblesse durant la guerre d’Algérie ou elle s’est imposée comme composante de la manœuvre, C’est sur ces enseignements que seront créés en métropole les GALDIV et GALCA, ancêtres des régiments d’hélicoptères, nés en 1977, dont l’emploi donnera lieux aux concepts d’aéromobilité, puis d’aérocombat.

Aujourd’hui, l’ALAT, prestigieuse unité de l’armée de Terre, est présente sur les théâtres d’opérations ou les soldats français interviennent.

Commentaires:

6 Réponses à “LA GENÈSE DE L’ALAT INDOCHINE ET ALGÉRIE”

  1. laraba
    laraba écrit:

    je suis natif de la région d’Ampère a côté de Sétif j’ai assisté tout jeune a un accrochage qui a dure six jours et six nuit sur le djebel TICHRIRT à côté de notre ferme située en bas du djebel (entre la ville de N’Gaous et Ampère).
    il y avait une banane qui était encrassée sur les hauteurs de notre montagne, il y a encore des débris sur cette montagne. bref mon sujet à moi consiste (étant donné que je suis pilote d’hélicoptère AL2) retracé un évènement qui m’est cher… il y avait un haut commandant qui est venu inspectait ses troupes basées au PC juste autour de notre ferme et ce jour là une de nos femme qui était enceinte avait des douleurs atroces son grand père est venu solliciter l’aide du médecin du campement ….le comandant a ordonne l’évacuation de cette femme avec deux blessés si ma mémoire est bonne a l’hôpital d’ampère.

  2. Pechenard
    Pechenard écrit:

    Exposé bien documenté mais ….
    La genèse de l’ALAT ne débute pas en 1952. Vous avez oublié la création du COMALAT en 1954 et 2003 : date qui va faire de l’ALAT une arme à part entière. C’est oublier l’utilisation du ballon à la bataille de Fleurus : premier observatoire aérien. Napoléon ne croyait pas en son utilisation. Bateau coulé à la bataille d’Aboukir vit le ballon disparaître. Napoléon étant plus pour une guerre de mouvements, il faudra attendre 1877 puis 1886 pour retrouver l’usage du ballon militaire. 1892 intérêt des militaires de L’ARMEE DE TERRE pour l’aeroplane. En 1912 sera créé l’aviation militaire qui deviendra en 1923 la 5ème arme de l’armée de terre. pendant la première guerre mondiale ce sont des militaires de toutes les armes qui pilotaient les avions. 1933 puis 1934 par une loi vont séparer la 5 eme arme de l’armee De terre pour devenir Armée de l’Air. L’aviation De coopération fut un échec et l’armée De terre compris qu’il fallait recréer son aviation légère. Parenthèse de la guerre d’Algerie où l’on vit un nombre important d’avions dans l’ALAT. La raison était toute simple. L’armee de l’air ne voulait pas d’avions légers.
    La genèse de l’ALAT commence bien en 1794. Ignorer 158 ans d’histoire sera offrir l’héritage à l’armée de l’air. C’est une erreur !
    Une petite erreur en passant : le Morane 500 ne pouvait transporter qu’un blessé et pas deux. Il fallait pour cela retirer le siège de l’observateur.

  3. Pechenard
    Pechenard écrit:

    Oups pardon vous avez bien évoqué la création du COMALAT en 1954.

  4. braultjeanpaul
    braultjeanpaul écrit:

    Bonjour je ne connait pas le Comalate aussi je vous envoie l’adresse E-mail http://www.alat.fr, et http://www.alat2.fr

  5. braultjeanpaul
    braultjeanpaul écrit:

    Merci pour cette intervention je vais corriger l’erreur

  6. braultjeanpaul
    braultjeanpaul écrit:

    Merci pour votre commentaire à bientôt

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