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PIERRE BROSSOLETTE ET LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Pierre Brossolette, qui s’est suicidé en mars 1944 pour échapper à la Gestapo, a joué un rôle décisif dans l’organisation du Conseil national de la Résistance durant l’année 1943. Une action qui se heurtera à la stratégie de Jean Moulin et dont Eric Roussel, auteur d’une récente biographie de Brossolette, retrace les enjeux politiques.

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Pierre Brossolette

Le 26 mars 1943, l’appartement de l’actrice Jeanne Herbling à Neuilly est le théâtre d’une rencontre capital dans l’histoire de la Résistance. Ce jour-là, le colonel Passy, chef des services secrets de la France libre, et Pierre Brossolette ont rendez-vous avec les représentants des cinq mouvements distingués pour peur représentativité : l’Organisation civile et militaire (OCM), Libération Nord, Ceux de la Résistance, Ceux de La Libération, Les Francs-Tireurs et Partisans (FTP), branche paramilitaire du Front National. Ces mouvements ont pour caractéristiques de disposer d’une organisation territoriale et d’être en mesure d’armer les unités déjà constituées, résolument gaullistes. Ils sont hostiles à tous encadrement giraudiste.

À l’unanimité, une déclaration de principe est adoptée : Leurs responsables s’affirment résolus à abattre les dictatures, à rétablir les libertés républicaines, à mener à bien des réformes économiques et sociales décisives. Réclamée par la France libre à Londres, la constitution du Conseil national de la Résistance (CNR) est à l’ordre du jour. Le point est litigieux et les hommes réunis à Neuilly, ont à cet égard, des idées précises. S’ils admettent le principe d’une instance représentative de la Résistance, ils se montrent hostiles à la renaissance des partis. Artisan principal de ce résultat, Pierre Brossolette arrive à Paris dans la nuit du 26 au 27 janvier. Pour la circonstance, il adopte le pseudonyme de Brumaire. Bientôt, le colonel Passy le rejoint sous l’identité d’Arquebuse. D’où le nom de leur mission Arquebuse Brumaire, Fatalement, tous conduit les deux hommes, et singulièrement Brossolette, à s’opposer à Moulin. Partisan du retour des partis de la IIIe République et d’une unification rapide des deux zones, ce dernier entend imposer ses choix. Pierre Brossolette est décidé à tenir davantage compte de l’avis des chefs de mouvements en qui il voit les nouvelles forces vives du pays. La situation est d’autant plus confuse que Moulin et Brossolette, de part de leurs ordres de mission, apparaissaient en concurrence. Paradoxalement, de Gaulle  était certainement plus de Brossolette que de Moulin quant aux rôles des partis, mais face aux accusations de césarisme dont il était l’objet de la part des Anglo-saxons, il était résolu à avoir la caution des principaux caciques de la IIIe République.

Plus tard Brossolette, a été accusé d’avoir désobéi aux ordres de Londres : Un examen de son action fait surtout apparaître qu’il a fait preuve de pragmatisme, en prenant en effet certaines libertés par rapport aux instructions venues de Londres. Évoquant la mission Arquebuse Brumaire, Jean Louis Crémieux-Brilhac écrit : Ce qu’il réalise en six semaines est à peine croyable, Courant de rendez-vous en réunions, forts de l’autorité du général et aiguillonnés par l’absence de Moulin alors à Londres, ils font de Paris occupé, que les policiers quadrillent, la capitale de la Résistance, bousculant les structures et négociant des accords difficilement réversibles. Jamais sans doute, dans l’histoire de la guerre clandestine, esprit aussi clair n’auront été aussi efficace jumelés. Mais le vrai succès de Brossolette est peut-être d’avoir rendu possible la constitution du CNR. Si l’on avait observé à la lettre les instructions de Londres, sans doute aurait-il été difficile, voire impossible, de convaincre les chefs des mouvements. Ces hommes, depuis des mois, luttaient contre l’occupant se sont soudain sentis compris. Pour avoir vu moult responsables de l’ancienne République prendre la direction de Vichy, ils souhaitaient que la Libération fût l’occasion d’un souffle nouveau. En leur imposant des schémas contraignant, sans doute aurait-il été malaisé d’obtenir leur adhésion.

La victoire de Brossolette sera pourtant une victoire à la Pyrrhus. Peu après, il s’opposera à Moulin et à la succession de ce dernier lui échappera. La stature du personnage n’en est pas moins évidente. Par son intelligence hors du commun, son indépendance d’esprit son courage aussi, cet intellectuel de haut vol mérite de prendre rang parmi les plus grandes personnalités de la Résistance. On n’oubliera pas qu’arrêté par les Allemands un an plus tard, il refusera de parler sous la torture et se suicidera en sautant par la fenêtre de l’immeuble de l’avenue Foch, ou il était détenu par la Gestapo.

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