COMMANDANT KIEFFER, LE FRANÇAIS DU JOUR J

 

Le 6 juin 1944 débarquait sur les plages de Normandie un commando de 177 hommes, avec à sa tête le commandant Kieffer. Si l’histoire associe son nom au seul jour du Débarquement, le parcours atypique de ce meneur d’hommes reste peu connu comme le rappelle Stéphane Simonnet dans son récent ouvrage.

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Philippe Kieffer

S’agissant des seuls militaires français engagés à terre lors du Débarquement du 6 juin 1944, le commando Kieffer tient une place toute particulière dans la mémoire collective national, notamment lors des cérémonies commémoratives. La création d’un 6e commando Marine en juin 2008 en est récemment la parfaite illustration. Si le parcours et les exploits de cette troupe d’élite durant la Seconde Guerre mondiale semblent à peu près connus, la trajectoire personnelle de son chef, le commandant Kieffer, l’est beaucoup moins.

Étonnant personnage que cet homme qui, cinq ans auparavant, vivait encore avec les siens sur son île natale d’Haïti, confortablement installé dans sa vie de banquier. Au printemps 1939, c’est un homme en totale rupture qui arrive à Paris avec sa famille après avoir quitté son métier et son milieu d’origine. Kieffer n’a aucune expérience de la guerre mais n’hésite pas à se porter volontaire dans les rangs de l’armée de terre dès septembre avant de rallier, parmi les premiers, Londres et la France libre, en juillet 1940. Ce civil en uniforme qui annonce ouvertement qu’il quittera l’armée à la fin de la guerre, occupe rapidement une place de premier plan au sein de l’état-major des FNFL à Portsmouth.

 Kieffer est entre-temps devenu marin, officier interprète et du chiffre. Mais tenu éloigné de la guerre, le bouillant officier s’ennuie dans ses fonctions administratives. Kieffer n’a pas rallié la France libre pour finir la guerre dans un bureau. Il a successivement laissé partir pur l’Afrique et le Levant les 1er et 2e bataillons de fusiliers marins créés par Muselier. Mais il attend son heure, patiemment, tandis que sous ses yeux se reconstitue l’armée britannique autour de nouvelles unités : Les commandos marine. C’est au printemps 1941 que ce produit le déclic dans la courte carrière de Kieffer. Il étudie de près les raids des commandos britanniques après celui, victorieux, mené sur les îles Lofoten en Norvège, et réussit à convaincre sa hiérarchie de créer son propre commando Reste à persuader les Opérations combinées britanniques de l’utilité d’une telle troupe française dans leur plan de bataille et leur stratégie.

C’est fait lorsqu’un accord de Gaulle, Mountbatten officialise sa démarche au printemps 1942. Mais sans attendre ce feu vert, Kieffer a déjà recruté depuis janvier et réuni une vingtaine d’hommes qui sortent tous brevetés commandos à l’issue du stage d’Achnacarry en Écosse avant l’été. À partir de là, Kieffer tient à bout de bras son unité, veillant au niveau des effectifs, aux entraînements, aux recrutements, à l’encadrement en officiers, exigeant des renforts auprès des FNFL et des départs en mission auprès des Britanniques. En août 1942, le raid de Dieppe est le baptême du feu pour quinze de ses hommes. Puis ce sont les raids nocturnes de l’hiver 1943-1944 qui achèvent la préparation Outre-Manche de la troupe française, avant son engagement le 6 juin 1944.

Blessé à deux reprises au cours du débarquement, Kieffer doit laisser son commandement et c’est un commando ayant perdu un quart de ces hommes qui entame en Normandie une guerre de position sur le flanc est du Débarquement afin d’y tenir une tête de pont avec les Britanniques.

À la fin de la campagne de Normandie, les Français retournent en Angleterre afin d’y préparer un nouveau débarquement dans la presqu’île de Walcheren, le 1er novembre 1944. Tandis que les commandos français livrent leurs derniers combats aux Pays-Bas au début de l’année 1945, Kieffer tente de régler la question de l’avenir de son unité : Comment transmettre à la Marine l’expérience et les traditions du 1er bataillon de fusiliers marins commandos, une fois la paix revenue.

Appeler à siéger à la nouvelle assemblée consultative provisoire comme représentant de la France combattante, Kieffer doit passer le commandement de son bataillon en avril 1945. La troupe est dissoute en juillet, Kieffer est démobilisé un an plus tard. Entre-temps, il a tenté sans grand succès une carrière politique en Normandie et un cours de commando a été créé en 1946 à l’École des Fusiliers marins du centre Siroco en Algérie. Philippe Kieffer aura donc laissé sa marque de son passage dans la guerre, tout en parvenant à pérenniser son œuvre. Le Pacha s’éteint le 20 novembre 1962 des suites d’une longue maladie. Mais 73 ans après leur création, les fusiliers marins français une force opérationnelle de premier plan.

 

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