EDMOND MICHELET

Entré en résistance le 17 juin 1940 en distribuant des tracts, contre l’occupant. Edmond Michelet est une figure majeure de l’armée des ombres. L’historien François Broche retrace le parcours exceptionnel de ce rescapé de Dachau, devenu un fidèle du général de Gaulle.

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Edmond Michelet ministre des Armées en 1945

Edmond Michelet entre dans l’histoire de la Résistance vingt-quatre heures avant Charles de Gaulle : Le 17 juin 1940, à Brive, avec quelques amis, il rédige et diffuse deux tracts considérés comme les premiers spécimens de la propagande clandestine selon Henri Norguère. Le premier reproduit quelques citations de Charles Péguy parmi lesquelles : Celui qui ne se rend pas à raisons contre celui qui se rend, c’est la seule mesure et il a raison absolument. Le second tract, intitulé Note d’actualité pour essayer d’y voir clair, commence par ce constat : Tous les français de la métropole ceux des territoires occupés comme les autres sont aujourd’hui prisonniers chez eux. Jusqu’à la libération, Michelet demeure fidèle à l’intransigeance de ses débuts. Dans ses souvenirs, Jacques Beaumel se souvient de l’émotion qu’il éprouva lors de sa première rencontre avec Michelet : Il y avait en lui une sorte de droiture qui m’avait ému, et cette certitude simple, sans aucune vanité, mais sans l’ombre d’un doute, d’accomplir son devoir. Michelet a 41 ans en 1940. Né à Paris au sein d’une famille  de commerçants catholique, il a passé son enfance à Pau avant de s’engager en 1918 au 126e régiment d’infanterie à Brive, ou il s’établit en 1925 comme agent commercial, puis courtier assermenté. Impliqué de bonne heure dans le militantisme confessionnel Il préside l’Action catholique pour la jeunesse française de Corrèze et représente à Brive les Équipes sociale de Robert Garric et politique, il est membre de l’Action française jusqu’à la condamnation du mouvement royaliste par le Pape, il choisit de ne pas faire d’étude et de se marier, il aura sept enfants, dont le future écrivain Claude Michelet. Évoluant vers un catholicisme nettement progressiste, il dénonce inlassablement la montée des totalitarismes fascistes lors de conférences organisées par le cercle Duguet, qu’il crée en 1937 pour alerter sur les dangers qui menacent notre civilisation, et par les nouvelles équipes françaises fondées en 1938 par le démocrate-chrétien Francisque Gay. Père de famille nombreuse, il n’est pas mobilisé en 1939, mais organise, dans le cadre du Secours national, l’aide aux Allemands antinazis et aux Républicains espagnols. L’année suivante, après avoir distribué ses premiers tracts appelant à la résistance contre l’occupant, il entre en relation avec Rose Warfman, fonctionnaire de l’Union générale des israélites de France (UGIF), à qui elle remet des faux papiers, et prépare des caches pour les Juifs persécutés; par la suite, il fera héberger une douzaine d’enfants juifs dans un couvent des environs de Brive. Cette activité lui vaudra d’être reconnu en 1995 par le Mémorial Yad Vashem Juste parmi les nations.

En même temps, sous le pseudonyme de Duval, il dirige le nouveau Combat pour la région R5 (Limousin), anime le journal clandestin Liberté et diffuse Vérités, dirigé par Henri Frenay. Le 25 février 1943, à la suite d’une dénonciation, il est arrêté à Brive par la Gestapo, vite relâché, mais arrêté de nouveau un mois plus tard. D’abord dirigé sur la prison de Fresnes, il est finalement déporté à Dachau, le 15 septembre 1943. Il sera pour tous ceux qui ont partagé son calvaire, note Jacques Baumel, un exemple bouleversant de courage et de foi. Libéré par les troupes alliées le 29 avril 1945 juste à temps pour ne pas succomber au typhus il ne rentre au pays qu’à la fin du mois de mai afin de venir en aide à ses compagnons de déportation. Cette expérience lui inspirera un poignant témoignage, Rue de la Liberté (Seuil 1955.

Après la guerre il entame une carrière politique. Élu député au sein du Mouvement républicain populaire en Corrèze, il est nommé par le général de Gaulle ministre des Armées novembre 1945-décembre 1946, puis sénateur de la Seine 1952-1959. Dirigeant du RPF, indéfectiblement fidèle à l’action du Général, il devient successivement ministre des anciens combattants, puis de la Justice 1959-1961. Il est ensuite ministre de la Fonction publique 1967-1968, avant de succéder, brièvement à Malraux à la Culture, en 1969, jusqu’à sa mort en octobre 1970. Entre temps il a siégé au Conseil constitutionnel en 1962-1968. Homme d’une foi rigoureuse Malraux l’a surnommé l’aumônier de la France, il fait depuis 1976 l’objet d’un procès en béatification en cour de Rome.

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