COMMUNIQUER POUR RÉSISTER 1940-1945

Les communications : Un rôle stratégique et politique joué par les moyens de communication dans la lutte menée par les résistants contre l’occupant et le régime de Vichy, à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire français.

PHOTO 1

Imprimerie Défense de la France

Dès l’été 1940. Les occupants allemands et italiens, dans les zones occupées. Et l’État français, en zone sud, mettent en place des mesures répressives visant à restreindre voire supprimer la liberté d’expression. Les affiches réalisées par les services allemands ou par ceux du gouvernement de Vichy chargés de la propagande envahissent l’espace public. Toutes les sources d’information sont contrôlées : Agences de presses, journaux, émetteurs radio, studios de cinéma. La presse autorisée, les actualités filmées diffusées dans toutes les salles de cinéma, la radio et les expositions servent de relais aux attaques antirépublicaines et antisémites.

PHOTO 1

Extrait de la brochure, chanson de la BBC parachutée par la RAF

La détérioration d’affiches officielles, l’ajout de signes, campagne des V, croix de Lorraine, d’inscription, mort pour la France sur certains avis d’exécution, témoigne des premiers gestes individuels de refus de l’occupation. D’autres supports deviennent rapidement le moyen privilégié d’expression de voix discordantes : Les petits paillons rectangulaires, manuscrits ou imprimés, fleurissent dans le paysage visuel. La rapidité de leur fabrication ou des slogans courts, facilement mémorisables tel Vive la République quand même. Pétain au dodo, Laval au poteau. Les tracts apparaissent également très précocement : Dès le 17 juin 1940, Edmond Michelet imprime un tract d’appel à la résistance, distribué à Brive-la-Gaillarde. En dépit des peines encourues travaux forcés, peines capitale pour leurs auteurs, ces écrits de fortune demeurent, tout au long de la période, un vecteur essentiel de la contre-propagande. De 1940 à 1944, des millions de tracts sont jetés par avions au-dessus de la France mais aussi des journaux, comme Le Courrier de l’Air britannique ou l’Amérique en guerre.

Dès l’automne 1940, apparaissent les premières feuilles clandestines autour de groupes d’étudiants, de militants politiques ou syndicaux cherchant à donner un contenu plus élaboré et une diffusion plus régulière à l’information clandestine : Les titres choisis L’Homme Libre, Valmy, Liberté, expriment à eux seuls la réaction patriotique et le rejet de l’occupant. Les premiers journaux sont le plus souvent dupliqués à quelques centaines d’exemplaires. À l’aide de machine à écrire et de papier carbone ou de ronéo. Progressivement les techniques se perfectionnent, notamment grâce à la complicité de professionnels (entrepreneurs, imprimeurs) détournant les moyens mis à la disposition de la presse légale (papier, machines au profit de la Résistance. Les ateliers clandestins d’impression fonctionnent la nuit, alors que le bruit des machines risque d’attirer les soupçons du voisinage.

PHOTO 1

Valise-émetteur-récepteur britannique type B2

Le premier numéro de Défense de la France, sorti en août 1941, est ainsi imprimé dans une cave de la Sorbonne. Si la répression policière et la pénurie généralisée expliquent la durée de vie éphémère de la plupart des premières publications, c’est à partir de l’impression et de la distribution de ces journaux que se structurent des mouvements de résistance. La diffusion des publications clandestines, régionales ou nationales, s’élargit à partir de 1942, grâce  au soutien matériel et financier apporté par la France libre. Les risques encourus et la multiplication des arrestations n’enrayent pas cette progression et l’ensemble des publications clandestines tirent à près de deux millions d’exemplaires, soit autant  que la presse autorisée. Plus de 1 200 titres en français et en langues étrangères sont recensés, dont un grand nombre sont communistes. Leur contenu s’enrichit progressivement notamment grâce à l’amélioration des flux d’informations entre les mouvements clandestins de métropoles et les agents de la France libre. Le ton utilisé est particulièrement virulent : Luttant contre la désinformation, les journaux incitent de plus en plus leurs lecteurs à la désobéissance civile après l’instauration du Service du travail obligatoire (STO) en février 1943 puis, à la veille du débarquement, à l’insurrection. Leurs lignes éditoriales témoignent également des ralliements progressifs au général de Gaulle. Au sein de l’Empire et à l’étranger, les représentants de la France libre diffusent également tracts et journaux afin de susciter l’adhésion des opinions publiques international de leur combat.

De l’automne 1940 au printemps 1943, la publication et la mise à jour de listes d’ouvrages interdits à la vente (Liste Otto) illustrent la sévérité du contrôle opéré par les autorités allemandes sur l’édition. Certaines revues, publiées légalement, se jouent de la censure en éditant une littérature de contrebande, sorte de langage codé qui leur permet d’exprimer leur résistance tout en défiant la censure : C’est le cas de la revue Poésie de Pierre Seghers installé à Villeneuve-lès-Avignon, à la quelle collabore notamment le poète Louis D’Aragon.. Ce dernier participe également à la création, en septembre 1942, d’un journal Les Lettres françaises, qui rend possible la publication de textes d’écrivains de musiciens et hommes de théâtre (Sartre, Camus, Queneau, Valéry) dans 18 numéros clandestins. Des revues et des éditions clandestines permettent également de maintenir une création littéraire libre, à l’image des ouvrages publiés par les éditions de Minuit et dont Le Silence de la mer qui paraît clandestinement en février 1942 est emblématique. 

La Résistance par la parole

Dès 1940, le contrôle des ondes est essentiel pour les autorités allemandes, via les programmes de Radio-Paris, diffusés sur tous le territoire, et de Radio-Vichy, station officielle de l’État français. Toutefois, malgré le brouillage des ondes, le succès des émissions en langue française de certaines radio étrangères ne cesse de croître, comme en témoigne le durcissement des lois réprimant leur écoute jusqu’à la libération. Les programmes français de la BBC rencontrent un succès croissant : Tous les soirs de 20 h 15 à 20 h 25, est diffusé un bulletin d’informations en langue française, suivi des 5 minutes accordées à la France libre, au cours desquelles, après l’annonce Honneur et Patrie, interviennent le plus souvent Maurice Schumann son porte-parole officiel, et le général de Gaulle à une soixantaine de reprises. À 20 h 30, débute l’émission Les Français parlent aux français, dont l’équipe indépendante des services de la France libre, est dirigée par un homme de théâtre, Michel Saint-Denis (alias Jacques Duchesne). À la recherche d’informations, réputées objectives, les auditeurs français sont également attirés par le contenu novateur de ce programme alternant reportages, sketches, chanson et slogans, dont le plus célèbre, repris régulièrement par la population, est Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand.

D’autres radios étrangères permettent à la population de diversifier ses sources d’information en français : La radio-Suisse romane, la radio gouvernementale américaine Voice of America ou encore les informations diffusées par Radio-Moscou et reprise par la presse clandestine communiste. Le contrôle britannique sur les programmes émis par la BBC pousse le général de gaulle à assurer l’indépendance radiophonique de la France libre. Il renforce ainsi la puissance d’émission de Radio-Brazzaville, dont les émissions audibles depuis décembre 1940 sur ondes courtes, peuvent être captées dans le monde entier après l’inauguration d’un puissant émetteur en juin 1943. À cette date, radio-France-Alger, vichyste jusqu’au débarquement allié en Afrique du Nord, puis contrôlée par une équipe dissidente, sert également de tribune à la France libre, très écoutée par les Français.

Source d’information, la radio est également une arme de mobilisation. Elle a été utilisée à ce titre par le général de Gaulle dès le 18 juin 1940. Il va en faire un instrument de reconquête spirituelle, appelant notamment les Français à partir du 1er janvier 1941, à montrer leur rejet  de l’occupant en désertant les rues pendant une heure puis à l’occasion de commémorations nationales. Le renforcement des liens entre les organisations de résistance intérieure et les services de renseignement britanniques et de la France libre, permet en outre, de donner un écho, à l’antenne, aux actions menées et d’afficher une apparente structuration des différentes formes de résistance. La couverture radiophonique consacrée aux manifestations patriotiques du 14 juillet 1942 en zone sud dont le mot d’ordre avait lancé depuis Londres et relayé par les organisations clandestines, illustre l’intensification des échanges entre résistance intérieure et extérieure.

La parole résistante s’exprime également sur le territoire français. Ainsi les prêches et sermons deviennent pour certains hommes d’Église le moyen de manifester leur désaccord avec la politique poursuivie concernant la persécution des Juifs, le STO. La chanson est aussi un moyen de protester : Les parodies des chansons populaires diffusées sur les ondes de la BBC sont ainsi reprises par la population. Des compositions musicales clandestines sont reproduites et diffusées dans la presse résistante. Porteuses d’espoir, elles permettent d’exprimer la révolte et les attentes des combattants de l’ombre. 

PHOTO 1

La France combattante

Organiser les liaisons au sein de la Résistance

Pendant l’occupation, se déplacer en France devient de plus en plus difficile : À la pénurie de carburants et aux réquisitions de véhicules s’ajoutent l’instauration d’un couvre-feu et la réglementation des trajets routiers soumis aux autorisations préalable. Les contrôles sont fréquents dans les transports en commun et dans les gares et systématiques lors du franchissement de la ligne de démarcation. Les échanges postaux et téléphoniques sont également très surveillés.

Le rôle d’agents de liaison, chargés de faire circuler le matériel et les informations est donc essentiel mais très périlleux. L’usage quotidien de la bicyclette permet l’acheminement de messages caché dans le guidon, le cadre ou les pneus, de matériel ou de journaux dans une valise placée sur le porte-bagage. Le train est privilégié pour les longues distances mais demeure un moyen de transport dangereux du fait de la fréquence des contrôles. Les messages ou le matériel sont réceptionnés par des boîtes aux lettres : ce terme désigne à la fois les boîtes parallèles servant à échapper au tri postal mais aussi les personnes, dont l’activité professionnelle permettait le transit du courrier, notamment les commerçants ou cheminots.

PHOTO 1

Appartement parisien transformé par Michel Bernstein en atelier de faux-papiers
 
La fabrication des faux-papiers, notamment de faux laissez-passer (Ausweis) facilite les déplacements. L’utilisation de pseudonymes et le cloisonnement de l’information visent notamment à éviter qu’une arrestation ne mette en péril la survie de toute une organisation de résistance. Les complicités au sein de certaines administrations (CNCF, PTT) sont très utiles pour faciliter les échanges. Elles sont également essentielles dans les prisons et les camps d’internement, ou la transmission clandestine de l’information se poursuit entre détenus et vers l’extérieur (lettres en yiddish échappant à la censure, mot insérés dans les cols de chemises. La circulation des hommes, du courrier et du matériel est rendue plus périlleuse à cause du renforcement du contrôle de l’espace aérien, maritime et des frontières terrestres. Pour rejoindre Londres ou l’Afrique du Nord, à partir de novembre 1942, le passage par voie terrestre peut s’effectuer au travers des Pyrénées vers l’Espagne ou en Suisse. Dès l’été 1940, les premiers agents venus d’Angleterre débarquent la nuit sur les côtes bretonne, normandes ou le littoral méditerranéen, grâce à la complicité des pêcheurs. La voie maritime permet également l’acheminement du courrier et sert de filières d’évasion tout au long de la période.
PHOTO 1

Imprimerie Défense de la France de la rue de L’Université à Paris

Dès février 194, des agents français des services de renseignement français et britanniques, formés dans des centres d’entraînement en Angleterre, sont parachutés pour des missions orientées vers la lutte armée ou à dimension politique. Ne connaissant pas leur lieu d’atterrissage, ils doivent réussir à cacher leur matériel et à prendre contact avec la résistance locale. C’est le cas notamment pour Jean Moulin parachuté à l’aveugle le 2 janvier 1942 avec deux autres agents, en Provence. À partir de cette date, les monomoteurs Lyslander puis les bimoteurs Hudson assurent également les liaisons. Au total, plus de 200 opérations d’atterrissages sont recensées et 1 100 passagers transportés. Les contraintes matérielles et techniques rendent ces opérations aériennes délicates : Les terrains d’atterrissage doivent être choisit avec précaution pour être homologués et des équipes de réception et cacher le matériel et les hommes venus de Londres.

La transmission d’informations, essentielle pour organiser l’action et communiquer des renseignements est un enjeu stratégique majeur dont dépendent les autres moyens de liaisons.

PHOTO 1

Vente de journaux de la résistance sur la canebière, Marseille, en août 1944

Au sein des réseaux de résistance, rattachés aux services secrets britanniques ou de France libre, le rôle des opérateurs de radio, dont la durée de vie est très limitée, est capital. Aux contraintes techniques manipulées des postes-émetteurs, très encombrants au début du conflit, trouver la bonne fréquence, coder les messages s’ajoutent la nécessité d’émettre de manière très brève de changer sans cesse de lieu pour échapper au repérage goniométrique de la Gestapo. Les transmissions radio jouent un rôle décisif dans la préparation du Débarquement et dans la libération du territoire. Le parachutage de matériel plus de 5000 tonnes entre juillet et septembre 1944. Permettent d’armer et d’encadrer les maquisards afin de préparer l’avancée des troupes alliées. Une fois le territoire libéré, les journaux émanant de la presse clandestine Défense de la France devient France-Soir ou créés en 1945 La Nouvelle République participent à l’émancipation et au renouveau de la presse. Cette reconquête s’accompagne de la création par Philippe Viannay  et Claude Richet, du Centre de formation des journalistes qui demeure aujourd’hui encore une référence. Elle témoigne du rétablissement des libertés, notamment celle de s’exprimer, au nom desquelles les résistants ont combattu et pour certains sacrifié leur vie.

Commentaires:

Laisser un commentaire

«
»