IL Y A 88 ANS L’ATTENTAT AU DRAKKAR , AU LIBAN

Le dimanche 23 octobre 1983, cinquante-huit soldats français, pour la plupart engagés ou appelés volontairement dans le cadre d’une mission internationale de maintien de la paix, trouvent la mort à Beyrouth, victimes d’une attaque à la voiture piégée visant l’immeuble Drakkar, ou ils avaient pris leurs quartiers depuis moins d’un mois. 88 ans plus tard, cet attentat demeure un souvenir vivace au sein des forces armées françaises.

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Vue du poste de Drakkar à Jnah, quartier du sud-ouest de Beyrouth le 30 septembre 1983

À partir de 1975, le Liban, en proie à des rivalités politiques ethniques et religieuses, est ravagé par la guerre civile, alimentée par des enjeux géopolitiques régionaux complexes. Le sud du pays devient une zone de tension entre Israélites et Palestiniens en raison de l’implantation de nombreux camps de réfugiés palestiniens depuis 1948. C’est d’ailleurs à la suite de l’invasion de cette zone par les forces israéliennes, en mars 1978, en représailles d’actions commandos menées sur son territoire que le Conseil de sécurité de l’ONU décide de créer la Forces intérimaire des Nation unies au Liban (FINUL).

Ses missions consistent à assurer le retrait des troupes israéliennes et restaurer la paix et la sécurité dans le pays, afin de permettre au gouvernement libanais de rétablir son autorité effective dans la région. Envoyés sur le terrain les parachutistes français des 1er et 9e et régiments de chasseurs parachutistes (RCP) assument alors des missions logistiques indispensables au 6000 militaires constituant cette Force de maintien de la paix. Malgré les tensions occasionnées par le retrait israélien et la prise de contrôle de la région par des milices armées, les efforts déployés sur place permettent d’y maintenir un calme relatif jusqu’en mai 1982, date de reprise des combats entre les forces de Tsahal et celles de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), de part et d’autre de la frontière libano-israélienne.

Après l’invasion du Liban par Israël et le blocus de Beyrouth, la situation se dégrade à nouveau, en septembre 1982, avec l’assassinat du président élu, Bachir Gemayel, et le massacre de centaines de civils palestiniens par des milices chrétiennes dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Une Force multinationale de sécurité à Beyrouth(FMSB) est alors déployée, sous l’égide de l’ONU, afin de sécuriser la capitale en ruines. Elle se compose de détachements américains comprenant 1 600 soldats et de deux porte-avions, de détachement français (2000 soldats) et italiens (1400 soldats), rejoint ultérieurement par une petite unité de l’armée britannique (200 soldats). Le détachement français de l’armée de terre, portant le nom de Diodon, est essentiellement composé d’engagés et d’appelés volontaires service long.

Les circonstances de l’attentat

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Recherche des soldats, victimes de l’attentat du 24 octobre 1983

En août et en septembre 1983, les incidents se multiplient entre les factions rivales et la force multinationale et vont coûter la vie à dix-huit Français, huit Américains et un Italien. La FMSB est alors rejointe, à la fin du mois, par les 600 hommes composant le groupement aéroporté de parachutistes (GAP) commandé par le général Cann. Parmi les différentes unités qui prennent position dans Beyrouth, le 1er RCP et trois conducteurs de véhicule de l’avant blindé du 9e RCP s’installent ,entre le 20 et le 27 septembre 1983, dans un immeuble de huit étages, rebaptisé poste Drakkar et situé dans un quartier excentré, au nord de l’aéroport. Ce secteur lieu d’affrontement entre les factions rivales, est extrêmement dangereux. C’est pourquoi, pendant une semaine, des travaux sont entrepris afin d’aménager un bâtiment très endommagé, qu’il faut également sécuriser (barbelés, sacs de sable couvrant les ouvertures, chicanes dans les rues d’accès à l’immeuble. Jusqu’au matin de l’attentat, alors que les explosions, les tirs d’armes et d’artillerie se multiplient, les parachutistes, en patrouille, cherche par leur présence à rassurer la population, à laquelle ils distribuent des vivres et du matériel, tout en essayant d’obtenir des renseignements, la veille de l’attentat, la menace contre les unités françaises se précise et le Drakkar est en état d’alerte : La surveillance est renforcée et les hommes prennent leur repos équipés. Le 23 octobre, peu après 6 h 15, une première d’détonation retentit dans la banlieue du sud de Beyrouth : Le quartier général du détachement américain de la FMSB a été détruit par l’explosion d’un camion piégé. 240 Marines ont été tués et plusieurs dizaines d’autres sont blessés.

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Découverte du corps d’un soldat, après l’attentat du Drakkar à Beyrouth

Le capitaine Thomas, commandant le 1er RCP, tente d’alerter l’état-major, les communications est interrompue : Un véhicule-bombe du type camionnette pick-up vient d’exploser à l’entrée du garage, au sous-sol de l’immeuble. Le bâtiment s’écroule sur lui-même, laissant place à un amoncellement de ruines sur plus de cinq mètres de hauteur. Le colonel Bernard Serpol a été chargé du 25 au 31 octobre 1983 de mener une enquête sur l’événement : J’ai déterminé les circonstances de l’attentat en recueillant les témoignages des survivants soignés à l’entente chirurgicale parachutiste de la Résidence des Pins et à l’hôpital américain de Beyrouth, et des habitants des immeubles voisin du Drakkar. Deux civils libanais m’ont ainsi affirmé avoir vu, depuis le balcon de leurs appartements, une camionnette de type pick-up franchir lentement une des chicanes censées protéger les approches du poste, puis accélérer en prenant la rampe d’accès au garage et exploser à hauteur de l’entrée. Malgré l’arrivé rapide des secours et les efforts accomplis sans interruption durant quatre jours et quatre nuits, le bilan est lourd : 63 tués et 41 survivants dont 15 blessés graves sont extrait des ruines. 55 parachutistes du 1er RCP et 3 du 9e RCP ont laissé la vie, ainsi que l’épouse et les quatre enfants du gardien libanais de l’immeuble.

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Cérémonie d’hommage national aux victimes de l’attentat du poste Drakkar aux Invalides à Paris

Les conséquences des attentats

Ce double attentat, revendiqué par le Djihad islamique, provoque une vive émotion en France. Le 23 octobre 1983 est en effet la journée la plus meurtrière pour les forces françaises depuis 1954. Dès le lendemain, le président Mitterrand se rend sur place pour rendre hommage aux victimes et rencontrer le président Amine Gemayel, à la résidence des Pins, quartier général des forces françaises à Beyrouth. Il réaffirme la détermination de la France à maintenir des troupes sur place pour y assurer le maintien de la paix. Une plaque est apposée sur les lieux du drame en mémoire des victimes. Le 2 novembre 1983, la nation rend hommage au 58 parachutistes des 1er et 9e RCP dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. Au total, 90 soldats français ont perdu la vie au Liban entre septembre 1982 et mars 1984 dans leur mission de maintien de la paix. Après 19 mois d’existence, face aux difficultés rencontrées et aux pertes subies. La Force multinationale de sécurité à Beyrouth se retire en mars 1984. Néanmoins, la Force  intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) demeure sur place : Elle est chargé depuis 2006, en sus de son mandat d’origine, de contrôler la cessation des hostilités, d’accompagner les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le sud du pays et de fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. La France demeure l’un des principaux pays contributeurs, avec près de 900 soldats actuellement présent au Liban.

 

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