HONORÉ D’ESTIENNE D’ORVES

Fusillé au Mont Saint-Valérien le 29 août 1941, le commandant Honoré D’Estienne d’Orves est le premier Français libre à mourir pour la France. Son biographe Étienne de Montety, retrace les grandes étapes d’une vie animée par l’amour de la patrie.

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Honoré d’Estienne d’Orves

Le 29 août 1941, au Mont Saint-Valérien, trois prisonniers français sont conduits devant un peloton d’exécution. L’un deux, reconnaissant le président du tribunal s’approche et lui déclare : Monsieur, vous êtes officier allemand, je suis officier français. Nous avons fait tous les deux notre devoir. Permettez-moi de vous embrasser. Les deux hommes se donnent l’accolade, avant que les coups de feu n’éclatent. Premier Français libre à mourir pour la France, Honoré d’Estienne d’Orves est né en 1901 à Verrières-le-Buisson. Cousin germain de la future romancière Louise de Vilmorin,, il est aussi cousin de Saint-Exupéry. Admis à l’École polytechnique d’Estienne choisit la marine. Pendant vingt ans, il fait le tour du monde, se passionne pour la vie à bord et la formation de ses matelots. En 1940, il est à Alexandrie avec la force X (amiral Godefroy). Déçu de ne pas avoir pu combattre sur le sol français, il prend en juillet la décision de rejoindre la France libre. Il écrit à Godfroy : 1870 et 1914 ont tellement marqué mes parents et moi-même que je ne puis faire autrement que de les imiter. En octobre 1940, après un grand tour de l’Afrique, où il recrute pour la France libre, d’Estienne arrive

Londres, sous le pseudonyme de Châteauvieux. L’amiral Muselier le nomme responsable du Deuxième Bureau de la Marine de la France libre (FNFL). En décembre il met au point une mission : Installer des liaisons radio entre l’Angleterre et la France. Il débarque à Plogoff et organise un réseau entre Quimper et Nantes. À Paris, il prend des contacts avec les premiers réseaux (Musée de l’Homme). Trahi par son radio, il est arrêté en janvier 1941. Pendant son procès, il tente d’innocenter son réseau formé de pêcheurs bretons. Son attitude suscite d’admiration de la cour martiale allemande. Le commandant d’Estienne d’Orves est condamné à mort avec deux de ces compagnons. Il passe deux longs mois en prison, au Cherche-Midi puis à Fresnes. Pendant sa captivité, il réfléchit à la situation en France. À propos des lois anti-juives d’octobre 1940, il écrit : Notre fierté d’être Français est base sur la conscience de nos droits, sur les souvenirs de notre histoire et non pas sur la conscience d’une supériorité innée. Son avocat Johannès Moerner se démène pour obtenir sa grâce, mais celle-ci est refusée par Hitler en août 1941. Après la mort de son client, il se rendra sur sa tombe à Verrières, devant un ami de la famille. Avant d’être exécuté, d’Estienne D’Orves avait écrit à sa sœur : Que personne ne songe à me venger, Je ne désire que la paix dans la grandeur retrouvée de la France. Dite bien à tous que je meurs pour elle pour la liberté entière, et que j’espère que mon sacrifice lui servira. En prison, il bénéficie du soutien de l’abbé Franz Stock. Ce prêtre allemand francophile a choisi d’être aumônier de prison à Paris.

Il assistera jusqu’au peloton d’exécution des milliers de résistants. Avec d’Estienne d’Orves, ils évoquent leurs pays dans ce qu’il a de meilleur, littérature, musique, jeunesse. La veille de sa mort, il laisse ce mot à Frank Stock. : Je prie Dieu de donner à la France et à l’Allemagne une paix dans la justice comportant le rétablissement de la grandeur de mon pays. Et aussi que nos gouvernants ne fassent à Dieu la place qui lui revient. Je remets mon âme entre les mains de Dieu et un peu entre les vôtres, qui l’avez ces derniers temps représenté auprès de moi. Au lendemain de la mort d’Estienne d’Orves et de ses deux compagnons, Stock confiera : Je n’oublierai jamais les moments que j’ai passés auprès de ces hommes. C’étaient des héros. Je comprends mieux maintenant ce qu’est la France. À sa femme Éliane, il laisse une dernière lettre : Tu leurs (ses enfants) expliqueras ce que j’ai fait, à ces petits, pour qu’ils sachent que leur papa n’a eu qu’un but, la grandeur de la France et qu’il y a consacré sa vie. En 1943, Aragon écrit : La rose et le réséda. Il dédie le poème aux communistes Gabriel Péri et Guy Môquet et aux chrétiens D’Estienne d’Orves et Gilbert Dru : Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas. Pour la postérité, d’Estienne d’Orves est à jamais. Celui qui croyait au ciel.

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