PHILIPPE VIANNAY

Rien ne le préparait à affronter la guerre et à entrer dans la Résistance. Et pourtant, Philippe Viannay devient à 25 ans, le chef incontesté d’un des principaux mouvements de résistance de la zone Nord. Retour sur l’itinéraire d’un homme, épris de liberté, qui fut un précurseur dans de nombreux domaines.

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Albert Bernier, Philippe Viannay centre et Françoise de rivière, maquis de Seine-et-Oise, août 1944

Dans la galaxie des grands chefs de la résistance française, Philippe Viannay occupe une place singulière. Bien qu’il ait dirigé Défense de la France, (DF), un important mouvement de zone nord, l’homme est resté moins connu que nombre de ses homologues. Frenay, Bourdet ou le couple Aubrac pour ne citer qu’eux.. Sa jeunesse il a tout juste 21 an en 1940, son refus d’ambrasse après-guerre une carrière politique. La publication posthume de ses mémoires autant d’éléments qui expliquent ce silence relatif. Dans le même temps, tous les hommes qui l’on croisé dans la nuit clandestine comme au Centre de formation des journalistes (CFJ), au club Jean Moulin comme au centre des Glénans conservent le souvenir ému d’une personnalité dont le charisme était grand. Quel qu’aient été ses mérites, il ne s’agit pas, ici de proposer une lecture hagiographique d’un résistant mais d’explorer la singularité d’un éminent dirigeant de l’Armée des ombres. Philippe Viannay naît en 1917, dans un milieu conservateur : Son père est proche du PSF du colonel de la Roque et sa mère appartient plutôt à une petite noblesse de robe. Il estimait d’ailleurs que sa famille appartenait à une bourgeoisie d’honneur, méprisant l’argent tout en ayant quelque peu. Après une année d’hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, il entame des études de philosophie tout en envisageant la prêtrise, vocation qu’il abandonne en 1938 pour reprendre son cursus ç la Sorbonne. Combattant vaillamment en 1940, il revient à Paris, bien décidé, pour reprendre la formule consacrée à faire quelque chose. En effet, il envisage dès octobre 1940 de monter un journal clandestin, suivant l’idée soufflée par un patron de ses amis, Marcel Lebon épaulé par un ancien condisciple Robert Salmon et par une étudiante rencontrée à la Sorbonne, Hélène Mordkovitch, qu’il épousera en 1942, il lance un journal clandestin, Défense de la France, dont le premier numéro sort le 14 juillet 1941.

Peut-on s’émanciper de ses origines. L’itinéraire de Viannay invite à répondre de façon nuancée. Issu d’une famille conservatrice et catholique, l’homme épouse à bien des égards les réflexes de son milieu. De fait, DF adopte jusqu’en  1942, une ligne maréchaliste, créditant bien à tort Pétain de sentiments résistants. De même, l’apprenti philosophe construit son combat sur un plan éthique. Il ne cherche pas à lutter militairement contre l’occupant mais appelle avant tout à un sursaut moral. Dans le même temps, Philippe Viannay s’éloigne de son milieu, loin de suivre aveuglément le maréchal, il considère la lutte contre l’Allemagne comme une ardente priorité. El DF devient grâce à Hélène Viannay un lieu de brassage ou une bourgeoise plutôt droitière se mêle à des émigrés russes notamment, plutôt de gauche. Par son charisme, son sens de l’organisation et son ouverture d’esprit, Viannay infléchit par la suite les destinées de son mouvement. Se rendant à l’évidence, le journal abandonne progressivement sa ligne maréchaliste pour soutenir de Gaulle, non sans détour giraudiste. Surtout DF se convertit progressivement à la lutte armée, montant des corps-francs puis des maquis en Bourgogne-Franche-Comté et en Seine- et-Oise notamment.

Mais il ne parvient pas à s’imposer auprès de la France combattante, tout en obtenant des fonds qui lui permettent, entre autres, de soutenir un atelier de faux-papiers, le mouvement ne siège pas au Conseil national de la Résistance. Viannay .tait sans doute meilleur organisateur que fin politicien. De fait, il préfère en 1944, combattre en Seine et Oise, ou il est gravement blessé plutôt que de préparer à Paris la sortie au grand jour de Défense de la France/France Soir, Bien que député à l’assemblée consultative, Viannay abandonne à la Libération et la carrière politique, et France-Soir. En revanche, soucieux de former les journalistes dont il avait constat avant-guerre le manque de professionnalisme, il monte le CFJ, s’investit au journal France-Observateur, tout en créant le centre nautique des Glénans. Il reste, à cette aune, fidèle à ses postulats. Tout en s’intéressant, via l’Union de la Gauche socialiste puis le club jean Moulin, à la chose publique. Il préfère s’investir dans la société civile fil rouge qui relie son engagement clandestin à ses investissements durant les temps plus calmes de la République retrouvée. Il décède en 1985 à l’âge de 69 ans.

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