ROBERT DESNOS

Poète audacieux, voire subversif, résistant de la première heure, Robert Desnos épousa totalement son époque jusque dans fin tragique en juin 1945. André Bessière, qui a vécu à ses   côtés l’horreur des camps nous livre le portrait d’un homme épris de liberté qui choisit la poésie comme arme de combat et comme acte ultime de résistance.

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Robert Desnos

Après une enfance sans histoire des études peu convaincantes et un service militaire en Afrique dont il garde un vif souvenir, Robert Desnos né le 4 juillet 1900 à Paris, se destine au monde des lettres. Quelques essais poétiques et la fréquentation des cafés littéraires du boulevard Saint-Michel à Paris l’amène à rejoindre André Breton qui, à l’aube des années vingt, lance le surréalisme. Le plus doué du groupe pour faire apparaître, grâce à l’écriture automatique et aux sommeils hypnotiques, les richesses de l’inconscient, il devient rapidement le fer de lance du mouvement qu’il quitte pourtant avec fracas au crépuscule de la décennie.

De la poésie avec ses incomparables Chantefleurs et Chantefables pur enfants sages à la critique littéraire musicale ou cinématographique, et de la radiophonie naissante ou il invente le slogan publicitaire et le feuilleton radiophonique, aux dialogues de films, ses œuvres pour la plupart publiés après sa mort, permettent de mesurer la variété de son talent. Bien qu’il soit un pacifiste forcené, il a conscience que la montée nazisme, grave menace pour notre civilisation, ne peut être endiguée que par la force. Après la défaite de 1940, journaliste à aujourd’hui dans un Paris occupé par l’ennemi, Desnos tous en s’intégrant au réseau Agir du colonel Hollard s’engage résolument dans la résistance intellectuelle contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Et fait entendre sa voix qui domine la poésie de la Résistance. Sous différents pseudonymes, il participe à de nombreuses publications diffusées sous le manteau : Méridiens, Confluences et Messages. Pour l’honneur des poètes, aux Éditions de Minuit clandestines, il compose un recueil de poèmes parmi lesquels le plus percutant, Ce cœur qui haïssait la guerre, alors que dans Profil littéraires de la France, sous ce titre La Prophétie, il évoque le futur, poème pognant quand on connaît la suite. Partout, il donne libre cours à sa haine des occupants qu’il traite de Tas de branques farcis de bobards à la noix et tenants de Vichy pas mieux qualifiés. Il titre Maréchal Ducono le sonnet en argot qu’il dédie au chef d’état.

Pour assurer sa subsistance, il se démultiplie. En plus de sa participation au quotidien Aujourd’hui, il poursuit sa Clé des songes dans la revue Pour Elle, accroche des prestations et des sketches radiophoniques au Poste Parisien et écrit des dialogues de deux films à succès, Le Pavillon brûle avec Henri Jeanson et Seul Bonsoir mesdames bonsoir Messieurs Quelques jours après avoir apporté sa contribution au deuxième tome de l’honneur des poètes avec son retentissant Veilleur du Pont au Change, il est arrêté le 22 février 19445 et incarcéré à Fresnes. Transféré le 20 mars au camp de Royaullieu à Compiègne. Il y écrit son émouvant Sol de Compiègne, avant de faire partie le 27 avril, d’un convoi pour la déportation vers Auschwitz de quelques 1 700 détenus, résistant pour la plupart. Après Auschwitz, ou tatoué sur l’avant-bras gauche du matricule 185 443, il dispense le rêve et la paix à ses camarades, c’est Buchenwald puis Flossenbürg et enfin le kommando Föha en Saxe ou il débarquera avec 190 autres détenus.

Pendant près d’une année, tout en communiquant son inaltérable confiance en l’avenir à ses compagnons, il luttera pour survivre à la faim, au froid, à l’humiliation, aux coups qu’il subira  sans une plainte comme il supportera sans faillir la plus totale détresse. L’évacuation en catastrophe du kommando le jettera le 14 avril 1945 sur les routes meurtrières de l’exode allemand jusqu’à Terezin en Tchécoslovaquie ou atteint du typhus, il succombera le 8 juin 1945. Cette mort en solitaire dans le plus absolu dénuement fait de Robert Desnos un poète martyr et donne à son œuvre un relief saisissant.

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