LA CAMPAGNE DE SYRIE: UNE BLESSURE MORALE

Moins connus que les succès militaires des FFL à Bir Hakeim en 1942, les combats de la campagne de Syrie, entre mai et juin 1941, virent s’affronter, non sans déchirement, des Français vichystes du Levant contre leurs compatriotes qui avaient choisi de suivre le général de Gaulle dans son combat pour la France libre.

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Des soldats australiens devant des Morane-Saulnier MS.406 français sur l’aérodrome d’Alep en juin 1941.

La campagne de Syrie ou opération Exporter, voit l’invasion par les Alliés de la Syrie et du Liban, alors sous contrôle du gouvernement de Vichy. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Société des nations avait en effet confié aux Français un mandat au Levant afin de conduire progressivement la Syrie et le Liban vers l’indépendance. Au printemps 1941, les raisons de cette campagne qui va plonger ces territoires dans la guerre sont multiples. Le général Dentz, nommé haut-commissaire en Syrie après s’être rallié au maréchal Pétain, est chargé de maintenir l’ordre et l’intégrité de ces territoires. De son côté, le général de Gaulle voit dans ces terres un vivier d’hommes susceptibles de rejoindre les premiers éléments des forces de la France libre qu’il commence à constituer. Si les Britanniques semblent initialement hésitants quant à une telle opération, la situation irakienne, ou une révolte contre l’autorité anglaise est soutenue par les Allemands, fini par les décider. Surtout, ils voient dans l’autorisation donnée par le général Dentz aux Allemands de ravitailler leurs avions à l’aérodrome d’Alep le signe d’une collaboration active et militaire. Après avoir pris connaissance du projet de l’amiral Darlan, alors chef du gouvernement de permettre l’utilisation de bases aériennes et navales, et la livraison de matériel de guerre à l’armée allemande, les Britanniques décident d’une opération militaire en Syrie.

L’invasion du Levant français est menée sous le commandement du général Wilson avec les troupes alliées britanniques, indiennes et françaises. La 1ère division légère de la France libre, qui compte 5 400 hommes, se rassemble en Palestine, au camp de Kastina, sous les ordres du général Gentilhomme. Elle est constituée de militaires et de civils engagés après l’armistice de 1940, de légionnaires et de troupes coloniales d’Afrique du Nord et d’Afrique noire qui ont suivi leurs officiers.

L’opération est lancée le 8 juin 1941 : La 7e division australienne se dirige le long de la côte de Saint-Jean-D’acre vers Beyrouth, soutenue par les tirs de la Royal Navy, tandis que la 1ère division FFL et la 5e brigade indienne pénètrent en Syrie en direction de damas. Le général Dentz sollicite l’intervention de l’aviation allemande avant de se rétracter. La Luftwaffe intervient finalement entre le 15 juin et le 8 juillet, mais hors de la zone de combat terrestre, infligeant des dommages aux forces navales britanniques. Au cours de combats fratricides, les soldats des FFL doivent affronter d’autres Français, Vichystes, comme à Kissoueh pour la prise de Jebel Maani. Dès le 15 juin, Dentz organise une contre-offensive qui sans parvenir à faire évoluer la situation, cause de nombreuses pertes aux deux camps. À partir du 17, et à la fin d’une campagne ratée en Lybie, de nouvelles forces sont engagées du côté allié. La gaullistes et les Britanniques entrent finalement à Damas le 21 juin, mais Dentz refusant le cessez-le-feu, les affrontements se poursuivent jusqu’au 12 juillet.

Après 34 jours de combats, les pertes humaines sont importantes : 4 700 morts et blessés parmi les soldats du Commonwealth, 156 tués chez les Français libres et 1 066 chez les soldats de l’armée du Levant. L’armistice est signé à Saint-Jean-D’acre le 14 juillet, remettant aux Britanniques le mandat sur les pays du levant. Le général Cartoux, représentant de la France libre n’est pas autorisé à signer, Dentz refusant de traiter avec les gaullistes, les Français en Syrie ont désormais la possibilité de se rallier à la cause alliée ou d’être rapatriés en France. 6000 d’entre eux font le choix de s’enrôler dans les Forces françaises libres, tandis que la grande majorité préfèrent rejoindre la métropole. Cette opération au Levant est l’illustration tragique de cette période des années 1940-1941 ou deux France se sont opposées. Le dilemme des officiers a atteint son paroxysme dans la campagne de Syrie. Pour Dentz, désobéir à Vichy en refusant le combat signifiait la rupture de l’armistice et donc le risque d’invasion de la zone libre et la mainmise des Allemands sur l’Afrique du Nord. Pour de Gaulle, cette opération était nécessaire pour rallier l’armée du Levant forte de 37 000 hommes à son combat pour la France libre. Animé d’un grand sens du devoir, mais nourrissant des convictions opposées et s’accusant mutuellement de trahison, ces hommes ont été jusqu’au bout de leur engagement.

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