LES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS

En 2007 le 150e anniversaire de la création du corps des tirailleurs sénégalais, un hommage leur a été rendu à Fréjus les 31 et 1er septembre.

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Monument de l’armée noire Fréjus

Le 31 août au soir a été inaugurée sur le front de mer de Fréjus, devant le monument de l’Armée Noire, l’esplanade des tirailleurs africains et Malgaches. Le lendemain matin, une cérémonie présidée par M. Alain Marleix secrétaire d’État à la défense chargé des anciens combattants s’est déroulée au camp Lecocq à Fréjus, en présence du major général de l’armée de terre, d’un certain nombre d’ambassadeurs et de personnalités des pays dont les ressortissants firent partie du corps des tirailleurs sénégalais. Une délégation de trente-quatre anciens tirailleurs sénégalais, venus de divers pays (Bénin, Burkina, Togo, était également présente.

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Mitrailleurs sénégalais, Alsace décembre 1939

Après avoir salué le drapeau du 21e régiment d’infanterie de marine, le secrétaire d’État à la défense a passé en revue les troupes avant de remettre des décorations à des officiers, sous-officiers et militaires du rang. Puis ce fut un hommage aux troupes de marines actuelles et aux combats de Bazeilles (31 août-1er septembre 1870) ou la division de marine se couvrit de gloire. Les trente-quatre anciens tirailleurs présents à la cérémonie ont ensuite défilé sur la place d’arme parmi les emblèmes des troupes de marine et de jeunes officiers africains en cours de formation dans les écoles militaires françaises, c’est sous le Second Empire que le général Faidherbe, commandant et gouverneur militaire du Sénégal, se rendit compte que les troupes métropolitaines dont il disposait étaient en nombre insuffisant et de plus inadaptées au climat et aux maladies tropicales.

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Devant la réplique de la mosquée soudanaise de Djenné, près de Fréjus

S’appuyant sur l’expérience des troupes indigènes d’Afrique du Nord, le général demanda la création d’unités de tirailleurs sénégalais afin de remplir correctement sa mission, ce qui fut fait par un décret impérial du 21 juillet 1857. Les tirailleurs sénégalais furent d’abord chargés d’occuper le terrain conquis. Puis ils participèrent aux explorations et aux conquêtes coloniales, tant au Sénégal qu’au Soudan, en Côte d’Ivoire, à Madagascar, au Tchad. Le recrutement des tirailleurs, d’abord sénégalais s’étendit rapidement à tous les territoires passés sous contrôle de la France dans l’ouest africain. En 1884, un décret regroupa les tirailleurs en un seul régiment qui deviendra en 1900 le 1er régiment de tirailleurs sénégalais.

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Cérémonie à Fréjus, 1er septembre 2007

Pendant la Grande Guerre, 165 229 hommes furent recrutés en Afrique occidentale française pour former 137 bataillons de tirailleurs sénégalais. Ils combattirent en France et sur le front d’Orient. 24 938 d’entre eux trouvèrent la mort ou furent portés disparus dans ces combats; 36000 furent blessés. Après l’armistice du 11 novembre 1918, les troupes coloniales participèrent à l’occupation de l’Allemagne vaincue, puis elles furent engagées au Maroc pendant la guerre du Rif, et au Levant ou 1598 tirailleurs furent tués. En 1939, l’armée coloniale comptait dix-neuf régiments de tirailleurs sénégalais dont six stationnés en métropole, soit un total de 75000 hommes. Le 13 mai 1940, les Malgaches de la 42e demi-brigade de mitrailleurs coloniaux perdirent 400 hommes lors de l’attaque allemande sur la Meuse. Les autres unités de tirailleurs engagées dans la campagne de France résistèrent aux assauts ennemis, ce qui entraîna de la part des Allemands des exécutions sommaires des prisonniers tant Erquinvillers  (Oise) qu’à Airaines (Somme) ou encore dans la Sarthe.

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Tirailleur sénégalais, 1913

Après l’appel du 18 juin, les unités de tirailleurs présentes en Afrique équatoriale française se rangèrent dans les rangs de la France libre. Elles participèrent aux combats de Koufra, Bir Hackeim, El Alamein, mais furent aussi présentes, entre autres, en Érythrée, Abyssinie, Tunisie. En avril 1944, des tirailleurs sénégalais débarquèrent à Naples pour rejoindre le corps expéditionnaire français en Italie. Ses bataillons contribuèrent à la prise de l’île d’Elbe ou leurs pertes furent importantes : 76 tués et disparus, 122 blessés pour le seul 13e régiment de tirailleurs sénégalais. Après avoir participé au débarquement de Provence en août 1944, ce sont quelque 40 850 soldats européens et indigènes de l’armée française, dont deux divisions à fort effectifs africains, qui combattirent pour les libérations de Toulon, Marseille et de la Provence. Après la victorieuse remontée de la vallée de la Rhône, elles parvinrent dans les Vosges et en Alsace. Mais la volonté politique d’intégrer rapidement dans l’armée de nombreux jeunes FFI en lieu et place des tirailleurs sénégalais dont le moral fléchissait aboutit à leur retrait du front. Entre 1940 et 1945, 158000 Africains ont ainsi combattu en métropole, sans oublier un effectif équivalent mobilisé en Afrique noire et au Maghreb. Dix gradés et tirailleurs ont été faits compagnons de la Libération, 50 médailles de la Résistance ont été décernées ainsi que 123 médailles des évadés.

Cependant les cinq années de guerre passées en France ou sur divers fronts avaient profondément bouleversé le regard de ceux qu’on nommait encore des indigènes, Ce fut dans ce contexte qu’intervint le drame du camp de Tiaroye, près de Dakar, ou éclata le 1er décembre 1944 une mutinerie qui fit 335 morts parmi les anciens tirailleurs qui réclamaient leur prime de démobilisation. Après avoir été engagés en Algérie en 1945 et à Madagascar en 1947, des tirailleurs sénégalais participèrent à la guerre d’Indochine, 2 200 d’entre eux furent tués. De 1955 à 1962, ils prirent part à la guerre d’Algérie, y compris à l’expédition de Suez en 1956. Les derniers bataillons de tirailleurs sénégalais furent dissous en 1964 après l’accession à l’indépendance des anciennes colonies africaines de la France.

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