L’ENTRÉE DU PORTUGAL DANS LA GRANDE GUERRE

Aujourd’hui, combien de personnes savent que le Portugal a envoyé des soldats combattre à leurs côtés dans le nord de la France. Pourtant, la participation de ce pays à la Grande Guerre n’a pas été purement symbolique. Un corps expéditionnaire portugais a combattu dans les tranchées de Flandre au printemps 1918, lors de la bataille de la Lys.

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Arrivée des troupes portugaises à Brest le 6 février 1917

Neutre jusqu’en 1916, le Portugal voit dans l’entrée en guerre aux côtés des Alliés le moyen de contrer les visées allemandes sur les colonies africaines du Mozambique et de l’Angola, et l’espoir d’une reconnaissance par ces fait mêmes Alliés de son nouveau régime républicain, instauré en 1910, qui lui permettait de prendre place dans le concert des nations européennes. La réquisition des navires allemands dans les ports portugais, qui profitaient  dans la neutralité du pays pour y ravitailler, provoque un ultimatum suivi de la déclaration de guerre de l’Allemagne le 9 mars 1916. L’engagement dans la guerre mondiale va constituer, dans l’instabilité de la jeune république, un moment d’unité nationale.

Un corps expéditionnaire portugais (CEP) est formé au Portugal et le premier contingent de la 1ère division d’infanterie (1ère DI) portugaise débarqué à Brest arrive à Aire-sur-la- Lys dans le Pas-de-Calais le 8 février 1917, sur le front tenu par l’armée britannique,. La 2e DI la rejoint et ces deux divisions qui constituent de CEP commandé par le général Tamagnini de Abreu, vont combattre au sein du 2e corps d’armée anglaise. Des liens militaires unissaient l’Angleterre et le Portugais depuis le début du XIXe siècle. Après discussions, un mémorandum sur les conditions d’emploi des forces portugaises en zone d’opérations britannique avait été signé, en accord avec le gouvernement français, quelques jours seulement avant le départ des troupes portugaises pour Brest. L’accord stipulait notamment que les troupes portugaises en France étaient sous le commandement supérieur britannique. Dans les 17 convois qui s’échelonnèrent de janvier à octobre 1917, plus de 55 000 hommes furent transportés par voie maritime. En novembre, le CEP prend en charge un secteur entre Arras et Armentières, ou il mène une guerre de tranchées dans des conditions très difficiles. Il livre des combats de soutien à l’offensive anglaise contre Cambrai.

 À partir de janvier 1918 la situation du CEP s’aggrave considérablement à cause de la diminution constante des effectifs dus aux blessures, à la fatigue et à l’absence de renforts venant du Portugal. La situation des Alliés ne permet pas l’arrivée des troupes fraîches et, le 6 avril, le commandement décide de réduire les effectifs sur le front. Le 9 avril 1918, l’offensive allemande est déclenchée dans les Flandres, au sud-ouest d’Armentières. Après une écrasante préparation d’artillerie, avec des gaz de combat, les fantassins de la 6e armée allemande se lancent à l’assaut. Les 1ère et 2e DI portugaises effectuent leur relève lorsque l’attaque ennemie disloque leur front. L’effort allemand se concentre autour de La Bassée, à Bois-grenier, contre le front tenu par les Portugais et la 40e DI britannique. Rapidement les assaillants enlèvent Neuve-Chapelle, Richebourg, Laventie ou les Portugais les retardent, puis atteignent La Lys.

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Débarquement des troupes portugaises en avril 1917

Au sud, la 55e DI britannique résiste aux assauts et conserve Givenchy, alors que le centre de la 1ère armée britannique est enfoncé sur une profondeur de 10 kilomètres et que 6000 hommes sont fait prisonniers. À la fin de cette journée, lorsque les Portugais se replient, ils comptent 327 officiers et 7098 soldats tués, blessés ou disparus. Le 10 avril, l’ennemi attaque le saillant d’Ypres. Dans la plaine de la Lys, les régiments d’infanterie portugais défendent avec acharnement la Couture, aux côté des Écossais. Malgré cette résistance, les Allemands franchissent la Lys et avancent vers les monts de Flandres. Épuisés, les combattants anglais arrivent en renfort avec un corps de cavalerie et cinq divisions  d’infanterie et arrêtent les troupes allemandes. Par la suite, le reste des troupes portugaises est intégré dans les forces britanniques. Sur les 56 493 Portugais embarqués pour la France, 2096 furent tués, 5224 blessés et 6948 faits prisonniers.

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