L’ENGAGEMENT DES AMÉRINDIENS DANS LES DEUX GUERRES

Algonquins, Iroquois, Micmacs, Malecites, Mohawks, quittèrent leurs réserves pour partir à la guerre sur un continent inconnu, venant parfois des régions les plus reculées du Canada. Ils s’enrôlèrent en nombre et mirent leurs talents de chasseurs et de guerriers au service de la liberté.

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Indiens de Saskatchewan lors de l’inauguration du Centre Juno Beach le 6 juin 2003

Un tiers des Indiens canadiens, soit environ 4000, se sont enrôlés au cours de la Première Guerre mondiale. En 1951, Duncan Campbell Scott, sous-surintendant général au ministère des affaires indiennes fit part de la réponse des Indiens au parlement : La participation de la Grande-Bretagne à la guerre a suscité des expressions de loyauté de la part des Indiens. Ils ont offert de verser des contributions à l’égard des dépenses générales de guerre ou du Fonds patriotique. Certaines tribus ont également offert les services de leurs guerriers si nous en avions besoin. Durant les quatre années de guerre, de telles déclarations furent publiées à travers tout le Canada pour souligner l’augmentation continue du nombre de recrues et des dons en argent provenant des nations indiennes. Malgré ces rapports, on ne connaît pas le nombre total de volontaires car ce n’est qu’à la fin de 1915 que l’on commença à mentionner l’origine autochtone des soldats sur les feuilles d’enrôlement. Ceux qui s’enrôlèrent avant janvier 1916 ne figurent donc pas sur les listes officielles, non plus que les Indiens des territoires du Nord, de Terre-Neuve, alors indépendant du Canada, les Inuits, les métis et les autochtones américains. 

L’enthousiasme fut tel que certaines réserves perdirent presque tous leurs jeunes hommes. Par exemple, parmi les Algonquins de la tribu Golden Lake, seulement trois hommes restèrent dans la réserve. La moitié des Micmacs et des Malecites au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse s’enrôlèrent, et la collectivité de Fill Hills, en Saskatchewan, offrit tous ses hommes de même que la tribu Had of the Lake en Colombie-Britannique. Ce sont les Iroquois de grand River en Ontario qui fournirent le plus de guerriers. Sur une population de 4 500 personnes en 1914, trois cents hommes partirent au front. Nombre de ces volontaires furent membre du 37th Haldimand rifles, qui composa le 114 e bataillon, le seul à compter plus de 500 autochtones et à avoir droit à un drapeau distinctif orné de symboles iroquois.

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Thomas Charles Longboat 1887-1949

La plupart des Canadiens, y compris les autochtones, servirent dans l’infanterie au sein du corps expéditionnaire canadien (CEC) à cause de leurs talents traditionnels de chasseurs et de guerriers, beaucoup d’Indiens devinrent tireurs d’élite et éclaireurs, avec tous les risques que cela comportait. Pendant toute la guerre, le ministère des Affaires indiennes reçut de nombreuses lettres du front dans lesquelles on faisait leurs éloges. Très rapides à la course, les autochtones furent également utilisés en priorité comme courriers pour acheminer les messages importants. Un soldat allemand livre un étonnant témoignage dans son journal en 1916 : J’ai vu un homme courir, très vite; d’après son uniforme, il devait être anglais; j’ai pris mon fusil et j’ai tiré dessus, je l’ai vu tomber, rouler, s’immobiliser puis se relever et courir aussi vite; j’ai tiré, et tiré encore de nombreuses fois, et je l’ai vu tomber et se relever autant de fois, Puis j’ai l’ai perdu de vue, et il s’est retrouvé derrière moi, il était canadien et très foncé, surement un de ces sauvages indiens, Je n’avais plus le choix, je me rendis sans conditions. Le soldat Thomas Longboat, grand coureur canadien, médaille d’or aux Jeux olympiques, venait d’arrêter huit soldats allemands; il fut emmené à l’hôpital avec vingt-quatre blessures par balles. Quand le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939, les autochtones répondirent à nouveau à l’appel. Plus de 200 d’entre eux moururent aux combats ou des suites de leurs blessures au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ils participèrent aux principales batailles et campagnes, dont le raid de Dieppe et le débarquement de Normandie, ils servirent aussi sur l’un des pires théâtres, Hong Kong, ou près de 2000 membres des Winnipeg Grenadiers et des Royal Rifles of Canada furent fait prisonniers par les Japonais dont au moins seize Indiens et métis. Par ailleurs, les Indiens contribuèrent activement à l’effort de guerre au pays. En Colombie-Britannique, ils furent nombreux à se joindre aux unités de défense des côtes du Pacifique qui surveillaient le littoral, guettant les signes d’une éventuelle invasion japonaise. Partout, ils travaillèrent dans les usines de guerre ainsi que sur leurs réserves pour accroître la production agricole. En outre, ils offrirent les terres de certaines réserves pour permettre l’installation d’aéroports, de champs de tir et de postes de défense.

À la fin de la guerre, la direction des affaires indiennes rapporta que les tribus indiennes du Canada avaient donné plus de 23 000 sans compter les sommes envoyées directement à la Croix-Rouge, au fond Britannique des victimes de la guerre, à l’Armée du Salut et à d’autres associations caritatives, ainsi que des vêtements et autres denrées. Les soldats autochtones rentrèrent au pays marqués comme tous les combattants par les horreurs de la guerre, mais fiers d’avoir aidé à libérer des peuples et forts de l’expérience qu’ils avaient faites de modes de vie différents, notamment en Grande-Bretagne ou ils avaient suivi un entraînement. De ces années de combats est née une mémoire. Des monuments commémoratifs ont été érigés dans plusieurs réserves et les résidents s’y réunissent chaque année le 11 novembre pour les cérémonies du Jour du Souvenir. Des pèlerinages sont organisés sur les lieux des champs de bataille ou ils ont combattu.

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Tombe de Bigcanoe Thomas Beresford tué le 8 mars 1945

Les raisons de leur engagement sont multiples; le patriotisme en fut un tout comme peut-être, la perspective d’une bonne solde. Cependant, c’est certainement leur ancestrale tradition de guerriers qui explique leur choix. Ainsi par exemple, le lieutenant Donald Brant Cameron, tué à Ypres le 24 avril 1915, était l’arrière, arrière- petit-fils de Joseph Brant, chef Mohawk qui avait soutenu les Britanniques au XVIIIe siècle;  le soldat Joseph Standing Buffalo, décédé le 29 septembre 1918, il était le petit fils du grand chef sioux Sitting Bull.. Mais le retour fut parfois douloureux. Les anciens combattants indiens fraîchement rapatriés ne pouvaient bénéficier des prestations des anciens combattants qu’à la condition d’abandonner leurs statut d’Indiens. Dans d’autres cas, ils constataient qu’en leur absence, l’agent régional des affaires indiennes avait supprimé leur nom de la liste des membres de la réserve; pire, certains avaient perdu leurs terres récupérées par d’anciens combattants blancs.

On estime qu’entre 7000 et 12 000 le nombre d’Amérindiens canadiens enrôlés durant les deux conflits, soit en proportion un nombre plus grand que pour le reste de la population canadienne. Officiellement 55 d’entre eux furent tués. Les tombes de ces soldats sont disséminées dans le Nord du Pas-de-Calais, la Belgique et à travers le monde entier (Hong Kong, Bagdad, Le Caire). Quant aux Indiens américains, ils se sont engagés. Dès 1917, un système de codage à partir des langues indiennes fut mis en place : Cree, Choctaws, Sioux et Cheyennes furent employés  à traduire les messages dans leur langue maternelle pour brouiller les pistes. 

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Benoit Benjamin à gauche, Micmac de Saint Georges Beay, Terre Neuve, porté disparu en novembre 1917

Durant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les Navajos dans le Pacifique et les Choctaws en Europe qui eurent la lourde responsabilité de codeurs. De nombreux Amérindiens des États-Unis servirent l’armée américaine durant les deux guerres : Environ  17 300 en 1914-1918, et plus de 45 000 en 1939-1945. La contribution amérindienne (Canada-États-Unis) ne s’arrête pas  en 1945; ces peuples participèrent activement aux guerres de Corée, du Viêtnam, du Golfe. Et depuis 2001, trente-deux Amérindiens ont donné leur vie en Irak et en Afghanistan.

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