DES INDES AUX TRANCHÉES DES FLANDRES ET D’ARTOIS

Bengalis, Pathans, Rajputs, Sikhs, Mahrattas, Baluchis, Gurkhas. Engagés volontaires dans l’armée de l’empire britannique, officiers et soldats indiens débarquent dès septembre 1914 à Marseille. Ils sont envoyés sur le front au nord de la France et en Belgique. Le maréchal Foch rendra plus tard hommage à leur courage.

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Maurice Millière peintre, sikh du Pendjab 1917 lithogravure

Au moment de la déclaration de guerre le 3 août 1914, la Grande-Bretagne dispose d’un immense empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Elle va mettre à contribution ses principales colonies. C’est ainsi que l’Empire des Indes participe avant même les Canadiens à la Grande Guerre. L’armée des Indes réorganisée après la révolte des Cipayes en 1857, constitue la seule force structurée de l’Empire britannique. Elle est composée de soldats britanniques et de soldats indiens. Ces derniers sont tous volontaires. Près de 100 000 d’entre eux prennent part aux combats en France et dans les Flandres belges; 10 000 y laisseront leur vie. De plus, 50 000 travailleurs indiens réalisent des performances remarquables pour la logistique dans les différents camps de base jusqu’à la ligne de front.

Une des particularités du corps indien est qu’il comprend également des troupes mises à la disposition des Britanniques par certains États princiers (l’Indes comptait alors près de 600 «États monarchiques) dans le cadre de l’imperial Service troop. Les premières troupes débarquent dans les ports de Karachi et Bombay, entre le 18 et le 24 août 1914, puis sur les quais de la Joliette à Marseille, le 26 septembre. Le moment de surprise passé, es Marseillais réservent un accueil chaleureux aux Sikhs, Gurkhas et autres indiens appelés hindous qui sont stationnés au camp Borély. Le corps d’armée d’indien comprend deux divisions d’infanterie, 3e division Lahore et 7e division Meerut composée chacun de trois brigades de quatre bataillons; deux divisions de cavalerie, la 1ère et 2e division de cavalerie indienne; plusieurs unités secondaires : artillerie, génie, pionnier, communications, transport des munitions, mitrailleurs, service de santé avec ambulances de campagne.

La composition de cette armée est particulière. Elle repose en effet sur un recrutement effectué sur une base ethnico-religieuse et territoriale avec l’application de la théorie des races guerrières comme les Sikhs ou les Pathans. Les unités (compagnies, bataillons, régiments) sont ainsi constituées d’une façon homogène pour créer une synergie : même ethnie, même territoire, même religion. La grande majorité des soldats qui combattent en France sont originaires du nord de l’Inde et plus particulièrement du Pendjab. Près du tiers du corps d’armée indien est composé de musulmans et son encadrement est britannique. Les premières troupes indiennes quittent par le train, le camp de Borély le 30 septembre pour le camp de Cercottes à Orléans ou ils vont partir faire leur entraînement avant de rejoindre Saint-Omer le 20 octobre 1914. 

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Soldats sikhs du 9e régiment de cavalerie du Pendjab

Tout le long du trajet, ils sont chaleureusement accueillis par la population dans les gares. À la fin du mois d’octobre, la  majeure partie du corps indien est sur le front nord entre Messines et La Bassée après une première opération dans la région d’Ypres en Belgique. Là, sur cette terre inconnue, les hommes supportent avec courage les rigueurs de l’hiver, ceux qui le 21 novembre, voient tomber la neige pour la première fois. Le premier coup de main est mené par les Gurkhas dans la nuit du 22 au 23 octobre 1914 sur un dépôt de munitions d’un camp d’artillerie allemande près de Nieuport au nord d’ d’Ypres.

Quant à la première offensive des unités du corps indien, elle a lieu le 26 octobre.  Dans la zone de Wambeek en Belgique. Le 30 octobre s’engage la bataille du saillant d’Ypres; l’attaque allemande est rude mais, après de violents combats, les Indiens stabilisent le front nord le 6 novembre. Durant cette période, se déroule plus au sud la bataille de Neuve-Chapelle (Pas-de-Calais) au cours de laquelle les Sikhs parviennent à occuper le village mais sont ensuite contraints de se retirer faute de renforts.

Les pertes sont lourdes pour les troupes indiennes

Le corps indien se fait également remarquer lors de la bataille de Festubert du 29 au 31 octobre en Artois ou les Gurkhans livrent des combats acharnés et maintiennent le front. En novembre, il mène de nombreuses opérations commandos près de Richebourg l’Avoué. Depuis son arrivée, deux semaines plus tôt, ce corps a perdu en hommes l’équivalent de quatre bataillons et demi. Fin novembre c’est la 2e bataille de Festubert et en décembre la première bataille de Givenchy. À partir du 25 décembre, le 1er corps britannique remplace progressivement les troupes indiennes qui, très éprouvées, sont mises au repos à l’arrière. Après une réorganisation des unités exsangues, le corps indien réintègre le dispositif du front ouest en février 1915. Le 10 mars, en liaison avec le 4e corps britannique, il se lance à la conquête de la ville de Veuve-Chapelle. Une fois de plus les Gurkhas et les Sikhs sont le fer de lance de la bataille. La ville est conquise le 12 mars après un combat au corps à corps et maison par maison. Les Indiens et les Anglais perdent 12 800 hommes, les Allemands 16 000. Les Indiens, qui sont les premiers du corps expéditionnaire britannique à avoir brisé les lignes allemandes et à conserver leurs conquêtes reçoivent les félicitations du commandant en chef des troupes. Le 22 avril 1915, ils sont lancés dans la deuxième bataille d’Ypres. Ce jour-là, les Allemands utilisent le fameux gaz de combat asphyxiant, l’ypérite. Ils sont malgré tout repoussés et Ypres ne sera pas prise à la fin des combats le 2 mai 1915, mais les Indiens paient un lourd tribut : 4000 tués et blessés. Du 9 au 22 mai, ils se battent sur les crêtes de Festubert et conquièrent 5 km de terrain. Le front se stabilise en juin et en juillet, les troupes indiennes sont envoyées à l’arrière pour un repos bien mérité en Picardie.

Certains bataillons sont transférés en Égypte, en Turquie et au Moyen-Orient. Les autres participent en septembre 1915 à la bataille de Loos. Les 1ère et 2e divisions de cavalerie vont s’illustrer et reçoivent les félicitations du commandant en chef, le général French. Jusqu’en novembre, l’action du corps indien se limite à tenir la ligne du front avec quelques opérations offensives. Fin novembre, les deux divisions d’infanterie quittent la France pour la Palestine, seules resteront en France les deux divisions de cavalerie jusqu’à la fin de la guerre. En décembre, les Indiens remontent à l’assaut contre Festubert lors de la seconde bataille de l’Artois. Depuis leur arrivée sur le front, les Indiens n’ont connu que la guerre des tranchées dans la boue et l’eau par un hiver rude. La majorité d’entre eux étaient des paysans qui n’avaient jamais vu ni la mer ni un avion.

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Soldats indiens au repos, février 1918

Leurs lettres laissent transparaître leur curiosité pour la France et leurs bonnes relations avec les habitants, leur valeur et leur combativité ont été unanimement reconnues par les Alliés de même que leur loyauté envers les Anglais. La France témoigna sa reconnaissance et rendit hommage aux soldats et travailleurs indiens morts pendant la guerre : le 7 octobre 1927, le maréchal Foch inaugura le mémorial de Neuve-Chapelle.

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