L’AMBULANCE AMÉRICAINE 1914-1919

Créé en 1914 dans les locaux du lycée Pasteur, l’hôpital militaire connu sous le nom d’Ambulance américaine fut une aventure humaine qualifiée à l’époque de chef-d’œuvre par Émile Berr dans les colonnes du Figaro. Des dizaines de milliers de blessés y furent soignés tout au long de la Grande Guerre.

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La visite du docteur    Une salle de pansements   Le travail des dentistes        

Au début du XXe siècle, de nombreux Américains séjournent en France. Étudiants, touristes, résidents. Ils sont près de cent mille dans la seule ville de Paris pendant les mois d’été. Tous sont loin de vivre dans l’opulence et, sur le plan sanitaire, le gouvernement américain n’a rien prévu pour ses ressortissants qui, en cas de maladie, font appel à des associations charitables ou se soignent par leurs propres moyens. C’est pourquoi, en 1904, le docteur Magnin et son ami américain Harry Antony van Bergen entreprend les premières démarches pour créer un hôpital américain. Installé à Neuilly-sur-Seine, l’établissement accueille sa première patiente le 30 mars 1910, et connaît très vite un succès. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le président Thomas Woodrow Wilson recommande à ses compatriotes de rester neutres en actes comme en pensées. Mais la communauté américaine de Paris, majoritairement francophile, est beaucoup plus engagée. Le 14 août, le Board of Governors (conseil d’administration) de l’Hôpital américain se réunit à l’ambassade des États-Unis. Le ministère français de la Guerre vient en effet de faire savoir qu’il met à disposition de l’hôpital les locaux du lycée de Pasteur, qui devait ouvrir à Neuilly à la rentrée 1914, pour y abriter un hôpital militaire. C’est l’hôpital américain et son conseil d’administration qui assumeront la responsabilité de l’établissement appelé Ambulance américaine, et enregistré plus tard par le gouvernement français sous le nom d’hôpital bénévole no 2.

Conçu en briques rose, offrant de grandes salles, des baies largement ouvertes, de hauts plafonds et des terrasses, le lycée Pasteur est selon les mots de l’abbé Félix Klein, dans ses mémoires publiées en 1915, une immense et splendide édifice. Encore complètement vide, et ne s’en prête que mieux à la transformation.

Aménagement des locaux et création des équipes

Des architectes américains aménagent les locaux et y font installer des salles d’opérations et de radiographie, un laboratoire, des chambres communes et individuelles. Très vite, une organisation médicale se met en place. Le conseil d’administration nomme un conseil médical composé de onze médecins et crée onze commissions, chacune étant chargée d’un secteur (transport, linge, infirmières.) L’Ambulance, dont les dépenses quotidiennes s’élèvent à près de mille dollars, est entièrement financée grâce à la générosité américaine. En effet, solidaire de la France, une partie de la population d’outre Atlantique fait des dons prestigieux pour des réalisations humanitaires. Les collectivités américaines participent aussi à l’effort financier, notamment les municipalités. En remerciement, des salles portent leur nom : Boston, New-York, Philadelphie, New-Haven, Providence, Buffalo.

L’ambulance américaine entre réellement en guerre le 6 septembre 1914 au moment ou de la bataille de la Marne. Le 8 septembre, elle envoie ses voitures à Meaux ou attendent plus de trois cents soldats gravement blessés essentiellement des tirailleurs tunisiens, algériens, marocains, sénégalais. Ils reçoivent sur place les premiers soins avant d’être transportés à Neuilly ou les accueillent les équipes chirurgicales. Comme le note Nicole Fouché. Nombreux sont ceux qui ne survivront pas : Mort pour la France. Ce sont les premiers morts d l’Ambulance. Le personnel presque entièrement composé de bénévoles, fait l’impossible pour sauver des vies et, quand il est trop tard, pour accompagner les mourants et leur famille, aidés dans cette tâche par un aumônier catholique, l’abbé Klein, un pasteur protestant et un chapelain anglican. Aux États-Unis, les journaux se font échos de la situation en France, du manque d’hôpital de médecins, de personnel soignant. De nombreux Américains offrent alors leurs services. Certains issus du milieu médial, d’autres non mais volontaire pour toute autre tâche. Des universités, notamment Harvard, l’université de Pennsylvanie et la Western Reserve University, envoient des chirurgiens expérimentés. Malgré sa capacité, qui atteindra six cents lits, L’ambulance avait du mal à couvrir les besoins. De plus l’éloignement du front rend difficile le transport des blessés graves, Pourtant très vite pris en main par l’American Field Service (AFS), le Service de l’ambulance automobiles L’afflux de main-d’œuvre et d’argent permet de résoudre en partie ces problèmes. Dix-sept hôpitaux auxiliaires sont progressivement créés près du front et le suivent, et un second hôpital fixe est aménagés dans les locaux du collège de Juilly, en Seine-et-Marne : l’hôpital B.

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Vue de l’intérieur de la cour de l’hôpital

S’agissant du service des ambulances automobiles, il est organisé et coordonné par Piatt Andrew,   nommé inspecteur des Ambulances par Robert Bacon, alors ambassadeur des États-Unis et président de l’Ambulance américaine. Au début de 1917, il compte près de deux cents véhicules, tous conduits par des volontaires. Les premiers soins sont presque toujours donnés dans les voitures. Les petites Ford sillonnent ainsi les Flandres, la Champagne. À partir de 1916, le Service automobile est également soutenu par des trains-ambulances, les Ambulance Hospital Trains. Par ailleurs, en liaison avec d’autres organismes américain de Paris, l’Ambulance met en place d’autres œuvres de secours aux démunis, notamment par le biais de son Women Commitee (le Comité des femmes) : distribution de nourriture, de vêtements, de médicaments, recueil des dons, qui permettent d’améliorer la vie quotidienne rendue difficile par les restrictions.

De grands progrès médicaux

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Visite du Président de la République M. Poincaré reçut par M. Herrick, Ambassadeur des États-Unis

L’Ambulance américaine fut une très grande réussite à plusieurs titres. 11 000 grands blessés y furent soignés. Sur le plan sanitaire et médical, de grands pas furent franchis tels, par exemple, l’utilisation d’un appareil magnétique géant pour extraire les éclats d’obus fiché dans les blessures, l’administration systématique, la mise au point de nouvelles techniques chirurgicales, notamment pour les blessures de la face. Elle a aussi fait faire d’immenses progrès dans le traitement de la gangrène gazeuse, très fréquente chez les patients atteints aux extrémités, et généralement mortelle. Deux noms sont associés à cette innovation : Le docteur Kenneth Taylor (bactériologue de l’université du Minesota) et l’infirmière anglaise Mary Davis qui après s’être secrètement contaminée, demanda au docteur Taylor de tester sur elle le remède à base de chlorhydrate de quinine qu’il avait expérimenté sur des animaux. Sa guérison en vingt-quatre-heures permit de généraliser le traitement. Le 2 avril 1917, les États-Unis entrent en guerre. En juin le général Pershing arrive en France et organise la participation de l’American Expeditionary Force (AEF). Il souhaite voire l’Ambulance transformée en hôpital militaire sous la direction de l’armée américaine. Le 28 juin 1917, le conseil d’administration de l’Hôpital accède à sa demande. Le 21 juillet, le comité de l’Ambulance est dissout et la Croix-Rouge américaine prend la direction de Pasteur, qui ne retrouvera qu’en octobre 1919 sa vocation d’établissement d’enseignement.

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Vue de l’extérieur de l’hôpital américain du lycée de Pasteur à Paris

Cette belle aventure de solidarité et de coopération fut un succès. Sur l’ensemble des blessés qui étaient conduits à Paris, environ la moitié demandait à être transportés à l’Ambulance américaine de Pasteur. Mais elle fut avant tout une histoire d’hommes et de femmes qui contribuèrent à en faire un grand hôpital de guerre. Citons le gardien ç, premier visage rencontré en arrivant, les docteurs Magnin, Gros et Du Bouchet qui organisèrent l’Ambulance, et quelques imminents chirurgiens américains comme Blake, Harte, Murphy, Taylor, Adison, Hutchinson, Judd, Asgood, Cushing, Crile. Sans oublier qu’elle eut à l’époque l’honneur d’accueillir quelques visiteurs célèbres comme, entre autres, le marquis de Vantiera, ambassadeur d’Espagne en France, le ministre de Norvège Vedel Jarsberg, Aristide Briand, Denys Cochin ou encore le président Raymond Poincaré.

Commentaires:

Une Réponse à “L’AMBULANCE AMÉRICAINE 1914-1919”

  1. alain otge
    alain otge écrit:

    mon grand pere otge louis-francoisà ete soigné dans votre hopital 1917

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