LA MARINE NATIONAL DANS LA GRANDE GUERRE

En août 1914, la Marine nationale a un besoin vital de l’appui britannique. Selon les accords de 1913 entre la France et la Grande-Bretagne, en cas de conflit, la Méditerrané  était placée sous sa responsabilité. La Manche et la mer du Nord incombant à la Royal Navy. La Marine veut une guerre offensive en Méditerranée afin de détruire au plus vite la flotte austro-hongroise. Mais les circonstances l’amènent modifier sa stratégie. Évacuation et transferts des troupes, lutte contre les sous-marins allemands, protection des navires marchands, les marins se battent sur tous les fronts.

PHOTO 1

Flotte française à Toulon août 1914

Le début du conflit est marqué par une série de déconvenues. En vertu des accords de 1913, le littoral septentrional se trouve dégarni face à la flotte allemande. Les côtes de la Manche et de la mer du Nord sont sous la protection de la Royal Navy, mais le Royaume-Uni n’a pas encore déclaré la guerre. Aussi, dès le 3 août, la 2e Escadre légère se dirige vers le Pas-de-Calais avec pour mission de retarder la marche des escadres allemandes. Mais l’entrée en guerre des Britanniques le lendemain change la donne : La puissance de la Royal Navy conduit l’ennemi à rester dans ses ports. Un scénario assez similaire intervient en Méditerranée. Le 3 août l’Armée navale s’apprête à appareiller de Toulon pour livrer bataille, mais la flotte austro-hongroise, basé sur la côte Adriatique, reste au port; L’Italie proclame sa neutralité le 4 tandis que les croiseurs allemands Goeben et Breslau bombarde Bône et Philippeville en Algérie. L’impératif est alors de protéger le transfert des troupes d’Afrique du Nord, C’est l’Armée navale qui s’en charge avec succès. Cependant les Alliés ne peuvent empêcher les bâtiments allemands de se réfugier à Istanbul, Une fois ce transfert assuré, la marine française est concentrée à Malte le 13 août. Elle entreprend alors des raids pour tenter de forcer l’ennemi à sortir de ses bases. En vain, car la K.u.K Kriegsmarine (les austro-hongrois) s’en tient à la stratégie de la flotte en vie : Elle reste dans ses ports, obligeant ainsi la flotte alliée à concentrer ses forces à proximité pour exercer une surveillance.

Après le torpillage du Jean Bart les 21 décembres 1914, les cuirassés ne s’aventurent plus en Adriatique Les marins doivent très vite réviser leur doctrine jusque-là fondée sur l’offensive à outrance. En Méditerranée, les cuirassés sont condamnés à une immobilisation démoralisante tandis que les unités légères s’épuisent dans la lutte contre les sous-marins. In Fine, ce sont les fusiliers-marins qui se couvrent de gloire à Dixmude en Belgique. La Marine se résout à un blocus à distance du canal d’Otrante au sud de l’Italie. Les cuirassés sont basés à Malte et Corfou à l’instar de la Grande Fleet britannique regroupée à Scapa Flow en Écosse. Le barrage d’Otrante est marqué par des torpillages dont celui du Léon Gambetta le 27 avril 1915, La Reggia Marina prend, dès mai, le commandement en Adriatique. Une entorse au leadership français en Méditerranée, qui avait été déjà été écorné quand les Alliés avaient décidé de forcer le détroit des Dardanelles après l’entrée en guerre de la Turquie aux côtés de L’Allemagne en novembre 1914. Dirigée par les Britanniques, l’opération avait mis en jeu dix-huit cuirassés dont quatre bâtiments français à partir de janvier 1915. Lors de l’assaut tenté le 18 mars, ;a division française mena la charge. L’opération fut un désastre : Le Bouvet et deux cuirassés anglais coulèrent après avoir heurté une mine; Le gaulois, le Charlemagne et un cuirassé anglais furent endommagés. Trop tardifs, les débarquements effectués à partir du 25 avril 1915 se soldèrent par un échec.

Les navires restèrent sur l’île de Moudros dans la mer Égée après le torpillage du cuirassé britannique en mai. Les troupes furent évacuées à l’automne. L’absence de surprise et le manque de liaison entre les armées, mais aussi l’impact de la stratégie des flottes en vie qui empêcha d’engager les unités récentes, scellèrent cet échec. L’acheminement presque sans pertes du corps expéditionnaire à Salonique et la participation à la défense du canal de Suez en février constituent les seuls succès de cette année difficile. L’année 1916 est toute aussi incertaine. Les escadres sont réduites à l’inaction et le danger des U-Boote persiste.

PHOTO 1

Naufrage du cuirassé Bouvet dans le détroit des Dardanelles, le 18 mars 1915

Du 17 aux 20 janviers 1916, la Marine remporte toutefois un succès majeur : Avec la Marine italienne, elles évacuent vers Corfou les soldats de l’allié serbe, 140 000 hommes, qui écrasés par les forces des Empires centraux, se trouvaient acculé à la mer. Transférés sans pertes vers Salonique du 12 avril au 28 mai 1916, ils seront des renforts décisifs pour la défense du camp retranché.

Afin de faire pression sur la monarchie grecque dont la neutralité est équivoque, 3 000 marins débarquent au Pirée le 1er décembre 1916. Mais cette démonstration de force tourne au fiasco. Le roi Constantin n’abdiquera qu’en juin 1917 après une nouvelle intervention navale. Sous la houlette du contre-amiral Lacaze, ministre de la Marine depuis novembre 1915, la lutte contre les sous-marins allemands devient la priorité. Le ministre commande à l’étranger des unités d’escorte, les bâtiments de commerces sont armés et dotés de la TSF, les chalutiers réquisitionnés et militarisés. La Marine met en place à l’automne 1915, des routes patrouillées sur lesquelles les marchands naviguent isolés car on estime que les convois, faciles à repérer, forme une trop belle cible. Mais cette tactique s’avère inefficace, en partie à cause de  l’émiettement du commandement allié. Aussi, Paris préconise dès mai 1916 la formation de convois escortés. Mais la Royal Navy s’y oppose, préférant réserver ses destroyers à la Grande Fleet. Si, à partir de l’été hydrophone et grenades permettent d’attaquer les sous-marins en plongée, la lutte anti-sous-marine (ASM) n’est toujours pas au point fin 1916.

PHOTO 1

Navires de guerre français et britanniques lors du débarquement des troupes dans les Dardanelles en 1915

Nous sommes en train de perdre la guerre s’exclame en avril 1917 l’amiral britannique Jellicoe face au succès e la guerre sous-marine à outrance lancée en février par Berlin. Un changement de tactiques s’impose. Dès le 23 janvier 1917, le système des convois escortés est testé pour les cargos livrant le charbon à travers la Manche. C’est un succès. Le dispositif initié par la France est étendu à l’ensemble de la navigation alliée. La création d’une direction générale interalliée des routes en Méditerranée, placée sous le commandement anglais. Améliore la coordination, encore renforcée en novembre 1917 par la création d’un Conseil navale interallié. Enfin l’entrée en service d’hydravions et le renforcement des barrages dans la Manche et l’Adriatique accroissent l’efficacité de la lutte ASM. Cependant, l’opinion est accédé par le manque apparent de résultats; le parlement critique la gestion de Lacaze, démissionnaire le 2 août 1917, et impose la création d’un Secrétaire d’État ç la guerre sous-marine qui vient s’ajouter à la Direction générale de la guerre sous-marine instituée en juin par le ministre. À la fin de l’année, la bataille de l’Atlantique paraît gagnée. Ce succès scelle le sort de la guerre en ouvrant la voie aux victoires terrestres de 1918.

Les U-Boote ne peuvent intercepter les liniers qui acheminent les  renforts américains et la Marine nationale protège les environs de Brest et Saint-Nazaire en lien avec L’US Navy. En Méditerranée, le succès est plus lent à se dessiner. Là aussi, seule la généralisation des convois couplée à une utilisation de l’aéronautique navale, assurée en grande partie par la France, permet la victoire à partir du printemps 1918. Le conflit a modifié la physionomie de la marine. La bataille décisive entre escadres n’a pas eu lieu et la guerre menée par l’ennemi contre la marine marchande a fait décider de l’issue du conflit. La priorité est alors d’assurer la liberté des communications sur un théâtre et en un moment donné, liberté qui conditionne la victoire finale. La lutte anti-sous-marine conduite par les flottilles (unités légères) est devenue une mission centrale dans laquelle l’aéronautique navale joue un rôle majeur. L’arme sous-marine paraît aussi promise à un bel avenir. Toutefois, les cuirassés conservent leur pouvoir dissuasif en obligeant l’ennemi à immobiliser des forces considérables.

En permettant le ravitaillement, et le transport des troupes d’Afrique du Nord, du front d’Orient puis des renforts américains, la Marine nationale a apporté une contribution majeure à la victoire.

PHOTO 1

Débarquement des premières troupes américaines à Saint-Nazaire, le 26 juin 1917

Mais la dure réalité des convois, l’âpreté de la lutte anti-sous-marine et le rôle dissuasif des escadres sont mal connus dans un pays marqué par la saignée des tranchées. La marine n’a pourtant pas été épargnée : 11 500 tués, 115 navires coulés et des bâtiments usés. Comme le présumera le ministre de la marine Georges Leygues. Le peuple français ne se rend pas compte exact de l’influence que le facteur naval exercé pendant la guerre.

Commentaires:

Laisser un commentaire

«
»