1914-1918, LES CIVILES VOSGIENS DANS LA TOURMENTE

 

Les civils ont longtemps été oubliés de la Grande Guerre. Pourtant les travaux effectués par les historiens depuis quelques années mettent à jour les souffrances qu’ils ont endurées, notamment dans les régions occupées : exactions travail forcé, déportations. Les populations des Vosges en sont un exemple parmi bien d’autres.

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Femmes rentrant d’une corvée de bois à la Petite-Raon, été 1915

Sur les 515 communes du département des Vosges, 82 ont été occupé par les Allemands lors de la bataille des frontières d’août et septembre 1914. Le front fixé, 26 demeurent envahis. Elles ne seront libérées que le 17 novembre 1918. L’occupant maintien sur place la plus grande partie de la population. Après l’arrêt de toute activité économique et l’épuisement progressif du ravitaillement, l’autorité allemande instaure les ZAB (Zivil arbeiter bataillone), bataillons de travailleurs civils. Les habitants sont alors répartis en trois catégories : Les personnes valides non indispensables pour la main-d’œuvre locale qui sont regroupées en ZAK (Zivil arbeiter Kolonnen) compagnies de travailleurs civils auxquelles ont confit notamment la construction de voies de chemin de fer de campagne; les personnes valides indispensables aux besoins locaux; enfin, les enfants des deux sexes âgés de 17 à 17 ans et les hommes au-delà de 60 ans qui sont astreints à diverses corvées saisonnières (ramassage du bois, des baies). Dès lors, tous ceux qui sont considérés comme une charge pour la collectivité sont évacués. Un premier convoi de 493 indigents de Senones, la ville la plus importante, quitte les Vosges pour la France via la Suisse le 17 avril 1915. Dans chaque village, d’autres suivront.

Jusqu’au 17 juin 1915, le ravitaillement des habitants est assuré, moyennant contribution, par l’intendance militaire allemande. À l’été les communes envahies sont informées de la création d’un comité hispano-américain, la Commission for Relief in Belgium, chargé d’aider au ravitaillement de la population. Il sera indispensable à leur survie. Malgré cela, la situation continue à se dégrader. La population est évacuée de juillet à octobre 1918 pour être acheminée dans d’autres régions de France, en Belgique ou en Suisse. Au moment de l’armistice, il ne reste que 3305 habitants dans la zone envahie; ils étaient 18478 avant la guerre.

La gestion de la population par l’autorité allemande n’est pas simple. Ainsi, par exemple, le 3 mai 1916, à Senones, des femmes manifestent après que les autorités leur ont confisqué le bois qu’elles avaient ramassé. Il arrive aussi que les enfants malmènent l’ordre public. Le 20 février 1916, 17 jeunes de Senones qui ont lancé des cailloux sont incarcérés. Cet incident qui entraîne une répression disproportionnée, est révélateur de la situation des enfants : Perturbés, désœuvrés, livrés à eux-mêmes, ils en viennent à braver l’occupant. L’instituteur de Moussey l’analyse en 1919 : C’est surtout le point de vue moral qui laissait de plus en plus à désirer. L’absence de la main forte du père y est pour quelque chose, sans compter que l’enfant subissait la contagion de l’état d’énervement produit par une situation intolérable trop prolongée.

Après 1543 jours d’occupation, la fin du conflit est surréaliste. Début novembre 1918 à Senones, l’occupant a évacué les habitants, à l’exception de 300 personnes, une par maison, et transformé les villages en bastions en prévision de l’attaque des français programmée dans les Vosges le 12 novembre. C’est ainsi dans une ville presque morte qu’arrive la nouvelle de l’arrêt des combats. L’abbé Villemin rapporte la fébrilité qui règne pourtant : C’est une explosion de joie dans la ville. Quelques-uns, plus pressés, pavoisent et c’est mauvais de voir la ville pavoisée, l’ennemi étant encore maître. Les Boches regardent tout cela d’un air. Le lendemain, pareilles manifestations. Les Allemands s’en vont par petits paquets. Quelques-uns ont des cocardes aux couleurs françaises à leur casquettes et crient vive la France.

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