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LES PRISONNIERS DE GUERRE FRANÇAIS EN ALLEMAGNE 1914-1918

La Grande Guerre fut une suite ininterrompue d’héroïsme et de souffrances, mais il est un chapitre encore mal connu, celui des conditions de détention des soldats français prisonniers en Allemagne. Jusqu’en 1914, aucune guerre n’avait fourni le spectacle de milliers d’hommes parqués comme du bétail dans de vastes camps entourés de fils de fer barbelés.

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Prisonniers français montant dans un wagon sous la garde de soldats allemands

Les prisonniers français furent environ 550 000. Ces hommes ne reçurent guère de considération à leur retour dans une société traumatisée par plus d’un millions de morts dans les tranchées. Le soupçon de s’être laissé prendre ou d’avoir déserté flottait autour d’eux même si les cas de reddition avaient été très rares. Pourtant ces soldats avaient combattu et traversé de rudes épreuves pendant leurs années d’incarcération.

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Prisonniers de guerre français emmenés par des soldats allemands, 1914

Des textes juridiques définissaient les conditions de détention des prisonniers de guerre. La Convention de la Haye (18 octobre 1907) en fixait les règles. D’une manière générale, elle précisait la responsabilité des gouvernements à l’égard des captifs retenus sur leur sol. Au-delà de cette déclaration de principe, elle déterminait les règles précises en ce qui concerne la capture, l’internement, l’entretien, le régime de la correspondance, le travail, le service du culte, etc. Ce code international eût pu suffire à assurer aux détenus de la Grande Guerre, un sort acceptable s’il avait été respecté! Ce que fit la France, avec un règlement général qui en assurait l’application. En Allemagne, les camps au nombre de 320 dont 10% environ réservés aux officiers, étaient divisés en deux grandes catégories : Les camps de prisonniers simples (240) et les camps de représailles (80) ou étaient envoyés des évadés repris ou des réfractaires au travail.

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Prisonniers de guerre français au camp de Münster (Westphalie), 1914

Dans ces lieux de souffrance régnait une discipline rigoureuse et le travail était très dur. Deux camps spéciaux virent le jour dès 1916 : Un pour les juifs à Alten Grabow, un pour les musulmans à Wünsdorf. Enfin environ 100 000 chantiers de travail ou Kommandos procuraient à l’État allemand de la main-d’œuvre à bon marché pour exploiter les mines et travailler dans des usines, dont une partie, malgré l’interdiction formelle de la Convention de la Haye, fut employée dans l’industrie d’armement ou à proximité de la ligne de front. Dans le camp, ceints de réseaux de fils de barbelés, de fils électrifiés, flanqué de miradors et gardé par des chiens policiers, les prisonniers étaient généralement hébergés dans des baraquements, qu’ils avaient construits, pour la plupart, de leurs mains, Ces baraquements étaient glaciale l’hiver, étouffants l’été, et, qu’elle que soit la saison, l’humidité pénétrait le long des parois, sous les pluies orageuses ou à la fonte des neiges. 

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Carnet de dessins de P. Saury, de l’intérieur d’une baraque

Le camp était divisé en zones (Bezirk sur lesquelles étaient érigées les Baraken ou vivaient les détenus, le bâtiment de la Kommandatur, la baraque hôpital (Lazarett), celle des cuisines, de la réception des colis, et celle qui abritait les lieux d’aisance. Dans la plupart des camps, il existait une salle de douches, qui n’était utilisée que lors des visites des représentants de la Croix-Rouge. Une cour centrale servait au rassemblement des prisonniers. À l’intérieur des baraques, les hommes étaient entassés, ils disposaient d’une couche garnie d’une sorte de paillasse remplie de bois, de paille ou d’orties et d’une couverture miteuse. La vermine, puces, poux, cafards. Pullulait mais l’ordre devait régner : La négligence était sévèrement puni  par les gardes selon une devise que l’on retrouvait au camp de Wahn Ordnung Erreut l’ordre réjouit). Les conditions de vie pouvaient différer d’un camp à l’autre. Généralement, à leur arrivée, les prisonniers étaient soumis à une rapide visite médicale et leurs vêtements marqués d’une couleur différente en fonction du lieu de détention. La vie était réglée par des appels et des fouilles, souvent à la suite d’évasions. Le reste du temps s’écoulait entre les rituelles corvées de nettoyage, les travaux d’amélioration du camp ou le travail en Kommando. L’intendance distribuait, le matin, un Ersatz Kaffee, breuvage brun à base de glands grillés et à midi, une soupe de rutabagas, de trèfle, de choux, accompagnée de bouillie d’orge. Au menu du soir, une soupe de maïs ou flottaient des têtes de poisson, des morceaux de viande douteux, agrémentée d’un genre de marmelade ou de charcuterie à l’aspect peu engagent.

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Punition dite du poteau, au camp de Wahn (photo allemande dérobée par un évadé)

La ration de pain était de 125 grammes par jour, un pain compact, appelé Kriegskartoffelbrot d’où son nom resté célèbre : Pain KK, fabriqué avec toutes sortes de choses y compris de la paille! Les commissions de la Croix-Rouge ont noté dans leurs rapports les risques de carences liés à une alimentation insuffisante, basés, selon les endroits, sur des feuilles de betteraves, d’orties, de luzerne, de la poudre de marrons, des poissons séchés. La valeur nutritive, de la nourriture, très médiocre, n’aurait pas permis aux prisonniers de tenir plus d’un an sans les colis arrivant de France qu’une mère, une femme, une sœur ou une marraine de guerre garnissaient de victuailles (chocolat, sucre, conserves) des vêtements (chandails, cache-nez) mais aussi quelquefois d’objets interdits (alcool de menthe, médicaments). Ces colis, ainsi que les correspondances, devaient franchir l’obstacle de la censure et de la fouille, car les gardes ou Waches recherchaient tout matériel ou renseignement pouvant servir à une éventuelle tentative d’évasion. La vie des prisonniers était organisée en popote, groupe de détenus du même pays ou compagnons de hasard. Si la popote connaissait  disputes et brouilles, son pouvoir de réconfort demeurait sans égal. L’entraide était au rendez-vous lorsqu’un membre était victime des rigueurs de la discipline, ailleurs plus dure pour les soldats que pour les officiers. Les punitions se ressemblaient d’un camp à l’autre, et je n’en citerais que quelques exemples. La plus connue, celle du Poteau consistait à attacher le prisonnier à un poteau de bois, des heures entières, au milieu du camp, et qu’elle que soit la saison. Cette punition comportait parfois des raffinements comme d’imposer à la victime de se tenir sur la pointe des pieds. Un mini tribunal pouvait infliger des peines de cachot (Kachot), très redoutées, car le séjour dans ce lieu sans fenêtre, sans couchage, ou la soupe était distribuée un jour sur deux, pouvait durer deux semaines.

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Spahis au camp du Croissant destiné aux prisonniers musulmans à Wünsdorf, 1915

Enfin dans tous les camps, la schlague et ses coups (20 à 40) sont restés tristement célèbres. Il existait également des punitions collectives et morales comme exhiber les prisonniers devant les habitants des villes voisines ou fusiller les fuyards repris et exposer les corps sur la place centrale du camp. À l’intérieur des Lazarett régnait la désolation. On jetait sur les lits en bois des paillasses remplies de vermines sur lesquelles gisaient des typhiques, pneumoniques, néphrétiques, tuberculeux et rhumatisants qui recevaient des remèdes sommaires : Un peu d’aspirine, du bicarbonate de soude, du lait, de l’huile camphrée, du Bolus ou de l’argile blanche dissoute. Dans de telles conditions les épidémies se développaient. C’est ainsi que le typhus exanthématique a ravagé les camps de Landsdorf, Kassel, Wittenberg, durant les années 1915 et 1916. Pour essayer d’endiguer ce problème, une mesure fut acceptée au début de l’année 1916 par les autorités allemandes : Le rapatriement et l’internement en Suisse. Par ailleurs, une maladie particulière apparut la psychose des barbelés, sorte de dépression que l’on retrouvera dans les geôles au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pour faire face au manque de main-d’œuvre en Allemagne, les prisonniers furent contraints au travail, répartis dans des détachements agricoles, des usines. Parmi ces travailleurs forcés, ceux qui se trouvaient affectés aux travaux agricoles sous les ordres d’un Burgermeister avaient un sort plus enviable que ceux qui peinaient dans les mines. Néanmoins, si le travail était éreintant dans les mines de charbon et de potasse, c’est sans doute dans les mines de sel qu’il fut le plus terrible.

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Prisonniers de guerre français au camp de Landshut en Bavière

Alors que les accords internationaux l’interdisaient, de nombreux prisonniers furent affectés dans les usines de guerre, de grand groupes industriels tels Krupp (obus et canons), Daimler (automitrailleuses), Wiesse (tôles pour les grenades), Opel (pour les camions et automobiles). Enfin des prisonniers français furent retenus à l’arrière du front pour exécuter différentes tâches : Déchargement de trains, creusement de tranchées, enterrement de cadavres. Parmi ces malheureux exposés au feu de l’artillerie y compris des obus français ou alliés, on dénombrera de nombreuses victimes. Après l’armistice, quand les portes des camps s’ouvrirent, certains détenus regagnèrent la France à pied. Puis sous la pression des Alliés, les autorités allemandes organisèrent le rapatriement des prisonniers. Pour les détenus du Nord de l’Allemagne, ce fut par bateau, pour ceux issus du Sud les chemins de fer suisses; quant à ceux de la rive gauche du Rhin, ils attendirent l’arrivée des armées alliées. À leur retour en France, les prisonniers durent passer par des centres de rapatriement qui coordonnaient les opérations administratives et sanitaires identification, classement habillement, changement de monnaie, épouillage, avant d’être dirigés vers des dépôts de transition ou leur était accordé un congé de détente de 30 jours.

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Rapatriement de prisonniers malades par la Suisse, Engelberg

Le rapatriement s’acheva en février 1919. L’après-guerre fut douloureux pour ces hommes qui firent l’objet d’une certaine suspicion de la part de l’opinion publique et de nombreux chefs militaires. Dans un France en deuil, profondément traumatisée par tant de morts, mais aussi tant de survivants au corps brisés, les honneurs allaient, très naturellement, aux soldats qui avaient perdu la vie sur les champs de batailles.

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La lessive dans un camp de prisonniers de guerre français

Les prisonniers furent sans doute affectés par le manque de reconnaissance des souffrances qu’ils avaient endurées. Avec le soutien d’associations, ils demandèrent une réhabilitation collective et l’attribution de la Croix de guerre et de la Médaille militaire. Une loi du 22 janvier 1922 conféra la mention morte pour la France aux prisonniers de guerre décédés, et en juillet la Médaille interalliée fut attribuée à tous ceux qui étaient revenus des camps. En 1926, le Parlement créa une médaille spéciale pour les évadés ainsi que les anciens otages et internés, victimes des violences allemandes. Leur sort ne doit pas faire oublier que les occupants déportèrent également des civils pris en otages ou leur imposèrent le travail forcés en Allemagne ou dans d’autres zones occupées.

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Déjeuner sous la garde de soldats allemands

Les autorités allemandes renvoyèrent aussi en France par la Suisse, dans d’affreuses conditions les bouches inutiles, c’est-à-dire, les personnes âgées, les handicapés, les malades et les femmes enceintes.

La nécropole nationale de Sarrebourg

À l’issue de la guerre, une mission chargée de l’état civil et des recherches relatives aux disparus eut pour tâche le recensement des prisonniers de guerre morts en captivité et l’exhumation des corps. Ce fut un travail difficile car les cimetières étaient disséminés sur l’ensemble du Reich et, de plus, certains se trouvaient sur des territoires qui désormais ne faisaient plus partie de l’ancien empire; malgré ces efforts, des corps sont restés dans des fosses communes en Allemagne.

Quand les opérations de rapatriement des corps furent terminées, les dépouilles des soldats qui n’avaient pas été restituées à leurs familles furent inhumées dans le cimetière national de Sarrebourg (Moselle), créé à cette fin en 1926.

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