LES DÉBUTS DE L’OCCUPATION EN ALLEMAGNE

Conformément aux clauses du traité d’armistice, l’occupation d’une partie de la rive du Rhin est pour les Alliés l’occasion de marquer concrètement la défaite du militarisme prussien tout en s’assurant de la démobilisation de l’armée allemande.

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Occupation de la Ruhr : Division blindée française à Essen, 1923

Le 15 novembre 1918, le maréchal Foch fixe les règles définitives devant régir le futur régime d’occupation. En accord avec la convention de la Haye de 1907, Foch prévoit superposer à l’administration locale du temps de paix l’autorité supérieure des troupes occupantes qui seront seules responsables des missions de police (circulation, censure, contrôle et maintien de l’ordre). Le 1er décembre 1918, les premières unités alliées franchissent la frontière. La 2e armée britannique du général Plumer et la 3e armée américaine du général Liggett doivent rejoindre, respectivement, les secteurs de Cologne  et de Coblence, tandis que l’armée belge doit gagner les zones d’Aix-la-Chapelle et de Crefeld. Les 8e et 10e armées françaises, vont quant à elles, opérer prioritairement dans les régions de Landau et Mayence; elles sont chargées des trois-quarts de l’occupation alliée. Ce déploiement, qui nécessite le maintien sous les drapeaux d’une grande partie des poilus et est à l’origine d’un certain désarroi parmi les troupes. Le maréchal Pétain appelle alors l’ensemble des unités encore mobilisées. À l’honneur de stationner sur le sol libéré de l’Alsace-Lorraine ou d’occuper les pays ennemis de la rive gauche du Rhin.

Le commandement français entend louer la carte d’un rapprochement culturel et administratif avec les régions rhénanes. Cependant, avant même l’arrivée des premières troupes françaises, les autorités allemandes font paraître des instructions sur la conduite à tenir avec les futures occupants. Le maire de Kaiserlautern écrit ainsi début décembre 1918 : Se comporter avec une politesse froide et sobre si une rencontre est inévitable. Point de zèle. La majorité des fonctionnaires allemands continuent à assumer leur service, aussi bien dans le cadre du fonctionnement normal de la région qu’au bénéfice des autorités occupantes qui souhaitent procéder au plus vite au redémarrage économique des régions occupées. Face à l’interdiction qui leur est faite de manifester leur appartenance à la nation allemande, les habitants se réfugient peu à peu dans un régionalisme exacerbé pour tenter d’affirmer leurs racines germaniques. Ils assistent de manière passive à ce qu’ils perçoivent comme la mise en scène de la supériorité française sur la culture allemande. Les autorités d’occupation multiplient en effet, les défilés militaires, les expositions d’arts, les règlements français.

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Division française durant l’occupation allemande 1918-1919

Le 11 décembre 1918, lors de l’entrée de la 10e armée française dans Mayence, le général Mangin proclame Nous venons en pays rhénan appelés par la nature et par l’histoire : Que chacun de nous se disent bien des choses pour le plus grand bien des provinces rhénanes et pour le plus grand bien de la patrie sauvée. Au début du mois de février 1919, le général Fayolle qui commande le groupe d’armées français en Allemagne, fait organiser une série de concerts publics et une exposition sur les traces laissées par la Révolution française et l’empire napoléonien dans la région. De même, les noms des rues et de ville du Palatinat sont doublés d’une traduction en français. En mars, Mangin fait relever de ses fonctions le maire de Mayence notoirement opposé à l’organisation dans les écoles de sa ville. L’année 1919, est ainsi marquée par des tentatives pour favoriser secrètement la formation de partis autonomistes en Rhénanie, l’attitude des généraux français complique les négociations préparatoires au traité de paix, car, que bien favorables à l’établissement durable d’une zone tampon sur le Rhin, Britanniques et Américains ne veulent pas d’une occupation permanente de l’Allemagne, en avril, Clemenceau est contraint d’accepter la limitation de la période d’occupation à 15 ans maximum contre la promesse de garanties de la part de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Si l’évacuation de la Sarre en janvier 1935, signe la fin de la présence de troupes française en Allemagne, l’occupation française a marqué durablement les esprits des deux côtés du Rhin jusqu’à préfigurer les débuts d’une autre occupation à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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