KESSEL, L’AVIATEUR MILITAIRE

Grand reporter et romancier, épris d’aventure, à la recherche de rencontre hors du commun, Joseph Kessel parcourut le monde. Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du soldat et du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme, notait à son propos François Mauriac dans son Bloc-notes.

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Photo de Joseph Kessel

Au fil des questionnaires, bulletins individuels de notes, demande de renseignement, fiches et actes d’engagement, carnet de solde qui constituent le dossier d’officier de Joseph Kessel, deux mots interpellent : Engagé, et volontaire. À dix-huit ans, Joseph Kessel, né en Argentine le 10 février 1898, s’engage à titre d’étranger au 81e régiment d’artillerie à Versailles. Lors de ses classes, il est inscrit d’office au concours de l’École d’artillerie de Fontainebleau, reçut en avril 1917, il se porte volontaire deux mois plus tard pour l’aviation comme observateur et rejoint l’escadrille S.39 à la fin de la même année. Avec le pilote Pierre Carretier il forme un binôme qui survole la zone du front de Champagne pour des reconnaissances tactiques et des réglages de tir d’artillerie. À plusieurs reprises, son appareil est intercepté et il doit son salut au brio de son compagnon d’arme mais aussi à sa pugnacité dans le maniement des mitrailleuses. Deux fois cité, Kessel est décoré de la croix de guerre et nommé au grade de sous-lieutenant à compter du 15 mai 1918.

Peu de temps avant la victoire, il quitte l’escadrille S.39 qui sera la source d’inspiration de son premier succès de librairie L’équipage (1923), pour rejoindre volontairement une improbable unité qui devait se constituer à l’autre bout du monde : À Vladivostok. Là il est chargé de constituer des convois d’armes et de ravitaillements destinés aux hommes du général Janin qui se trouvaient qui se trouvaient à 4800 km, à Omsk au cœur de la Sibérie, Cet épisode de huit semaines lui inspirera bien plus tard, un autre roman Les temps sauvages (1975). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kessel choisit la France libre. Deux documents de son dossier appellent plus particulièrement l’attention : Une carte de Français libre signée à Londres le 10 février 1943 et un bulletin individuel de notes de 1944 sr lequel est portée l’appréciation suivante : Un des grands romanciers français la Chantre aussi de la Résistance Pays d’exemple et exécute actuellement des missions périlleuses.

Le premier document atteste le passage effectif de Kessel en Grande-Bretagne et son engagement dans les Forces aériennes françaises libres. Affecté au service d’information, il est à l’origine de plusieurs articles sur les exploits des maquis, mais aussi, avec son neveu Maurice Druon l’auteur des paroles du Chant des partisans dont la mélodie est signée Anna Marly. C’est également à Londres qu’il écrit L’Armée des Ombres (1943). Si cet épisode est clairement mentionné au début de l’appréciation du général Bouscat, la fin de sa note est beaucoup plus sibylline. Dans les fait, cette participation à des missions très périlleuses cache la contribution de Kessel à des activités secrètes au sein de l’escadrille Sussex relevant de l’Intelligence Service et du bureau central de renseignement et d’action (BCRA). À 46 ans, il reprend du service actif comme chef des opérateurs radio de cette unité et, à ce titre, participe à plusieurs vols nocturnes sur la France.

De mai à août 1944, dans des conditions souvent difficiles. En effet, embarqué à bord d’un bombardier moyen de type B.25 Mitchell, il est chargé de capter en Phonie la phrase codé d’un opérateur situé à la vertical de son avion, qui caché entre deux haies ou blotti dans un grenier, envoyait son interminable message. Fin août, l’escadrille Sussex est dissoute et le 1er novembre 1944 Kessel est rayé des contrôles des forces aériennes françaises en Grande-Bretagne affecté à l’administration centrale à Paris, c’est en uniforme d’aviateur mais comme correspondant de guerre qu’il rejoint la 1ère  Armée française du général de Lattre et la suit lors de son passage du Rhin et de sa percée en Allemagne. Cette période marque le retour de Kessel au grand journalisme. C’est dans ce cadre que Pierre Lazareff, directeur de France-Soir, lui offre la Une du numéro de la victoire en date du 8 mai 1945 pour le dernier article de la guerre. Un nouveau volet de son existence commence. Reçu à l’Académie française en 1962, Kessel décède le 23 juillet 1979.

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