ÉMILE MATHIS

Industriel alsacien, Émile Mathis, enrôlé dans l’armée allemande, déserte en 1916 pour rejoindre l’armée française. Pendant l’entre-deux-guerres, ce constructeur visionnaire participe à l’essor de l’industrie automobile. Après la défaite de 1940, il rejoint les États-Unis pour mettre ses compétences au service des armées alliées.

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Émile Mathis au Mans pour le GP de France en 1921

Fils d’un hôtelier strasbourgeois qui a combattu sous le drapeau français pendant la guerre de 1870. Émile Mathis naît le 15 mars 1880. En 1898, en Alsace annexée par l’Allemagne, il fonde une entreprise de vente et de réparation automobiles et acquiert une concession exclusive pour la vente de ces véhicules. En 1906, Mathis décide de construire lui-même de petites voitures légères et économiques, secteur qu’il va développer avec succès à partir de 1911. Il s’investit aussi dans l’aviation : Le 3 mai 1910, un avion de sa fabrication survole symboliquement la cathédrale de Strasbourg.

Lorsque la Grande Guerre éclate, les usines Mathis ne fabriquent plus que des ambulances et des camions pour le front. De nationalité française par son mariage à Paris en 1913, Émile Mathis, enrôlé dans l’armée impériale en 1916, déserte en s’enfuyant par la Suisse et rejoint l’armée française. La paix revenue, les usines Mathis reprennent leur production de voitures. De nombreux modèles voient le jour dont certains connaissent un grand succès. De 1920 à 1924, la fabrication de véhicules passe de 12 à 100 par jour. Toujours à la pointe du progrès technique, Émile Mathis noue à partir de 1925 des liens étroits avec l’industrie automobile américaine. À cette époque, il emploie directement ou indirectement, entre 12 000 et 15 000 personnes.

En 1928, il réalise une importante commande de voitures de liaison pour l’armée française. Dix ans plus tard, sa filiale  aviation étudie puis réalise un prototype de moteur à des fins militaires. L’EMY 4 est la dernière voiture à sortir des chaînes de montage avant la Seconde Guerre mondiale. Pressante l’occupation de l’Alsace par les Allemands, Émile Mathis fait déménager ses machines et les  installe à Athis-de-l’Orne. Il y fabrique notamment des obus de 5 mm et 25 mm. Au moment de la défaite de 1940, il parvient à gagner les États-Unis ou il fonde la société Mathem Corporation. En moins de dix mois, celle-ci enregistre ses premiers contrats importants avec les marines alliés et la Navy, 220 millions d’obus de DCA sont fournis. Pour cette collaboration efficace, Émile Mathis se voit décerner le fameux E de la Navy, distinction jamais accordée auparavant à un étranger.

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Une Mathis-Hermes Simplex de 1904.

Pendant ce temps les usines de Strasbourg, qui ont été réquisitionnées par l’occupant allemand, travaillent à la mise au point et à la construction de moteurs d’avions. Pour aider à la destruction de l’Allemagne nazie, Émile Mathis n’hésite pas à fournir toutes les indications pour bombarder ses propres usines qui seront détruites en 1944 par les Américains. Dès 1945, l’entreprise se lance dans des activités de réparation, notamment pour les véhicules de la 2e DB, Mais une fois la paix revenue, Mathis a des difficultés à relancer sa production. Rentrer en France en juillet 1946, il étudie, à la demande du ministère de la guerre, la création d’une Jeep. Pendant ce temps, ses usines montent des camions américains, des tracteurs, des moteurs d’avion.

 Deux nouvelles voitures révolutionnaires pour l’époque, sont mises au point. Malheureusement, le contingentement en matières premières ne permet pas la production en série. En 1950, Mathis réalise encore une étude pour la fabrication du moteur du futur char AMX 13, mais déçut par la conjoncture  de l’après-guerre, n’ayant pas d’héritiers pour reprendre ses affaires, Émile Mathis se désintéresse de son entreprise qui fait faillite au milieu des années 1950. Promu Commandeur de la Légion d’honneur, il décède accidentellement en 1956 à Genève en tombant par la fenêtre de son hôtel. Il est inhumé au cimetière de Passy, à Paris, le 8 août 1956.

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