L’ARMÉE POLONAISE EN 1939, RETOUR SUR UNE LÉGENDE

L’idée est encore répandue qu’en 1939 l’armée polonaise était une force totalement archaïque. Cette assertion, renforcer par la légende tenace des charges de lanciers polonais contre les chars allemands, qui n’ont jamais eu lieu, mérite d’être nuancée.

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Chasseurs polonais PZL P24; aquarelle de P. Langellé

Certes, l’armée polonaise fut rapidement écrasée par le Blitzkrieg allemand, et après le 17 septembre, par l’armée rouge. Pourtant les Polonais ont combattu de façon beaucoup plus moderne que ne laissait entendre la propagande allemande en véhiculant une fausse image des têtes de paille polonais chargeant les panzers avec leurs lances. Restaurée après 1918, la Pologne dut construire son économie nationale à partir de trois systèmes différents (russe, allemand austro-hongrois) et combler les pertes subies pendant la Grande Guerre; beaucoup d’usines, démontées par les Russes, avaient quitté le territoire polonais en 1915. L’industrie d’armement une vingtaine d’usines construites à partir de 1923 et contrôlées par l’État) n’était pas en mesure de satisfaire la demande, surtout dans le domaine des avions, des automobiles et des blindés. La motorisation de ce pays essentiellement agricole et la modernisation de son armée s’avéraient lentes et complexes.

 En 1935, année de la mort du maréchal Pilsudski, LA Pologne ne comptait que 24820 véhicules de tous genres. À la même époque, la France en avait 2036 000, l’Allemagne 937 000 l’URSS 180 000, et même la petite Tchécoslovaquie 112000. La modernisation s’accéléra après la mort de Pilsudski, qui tout en comprenant sa nécessité, n’y avait pas vue une priorité; il fallait d’abord organiser la jeune armée et la crise économique réduisait les possibilités financières de l’États. En 1916, un plan septennal de développement et de modernisation fut élaboré, parallèlement à la construction de vingt usines d’armement dans une région éloignée de la frontière allemande et appelée Région central industrielle. La première étape du plan avait pour objectifs la modernisation de l’armement, de l’organisation de l’armement, de l’organisation et de l’équipement technique de l’armée, l’augmentation de la puissance de feu de l’infanterie, le développement de l’aviation et l’agrandissement des réserves de munitions. Selon l’historien Piotr Stawecki, lors de la deuxième étape, dix divisions d’infanterie de réserve devaient être formées en supplément.

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Char léger polonais 7TP.

On prévoyait la modernisation du matériel et de l’armement des divisions d’infanterie déjà existantes, la motorisation partielle de la cavalerie, le développement de l’artillerie, surtout de l’artillerie antichar et antiaérienne, des unités de transmission du génie et de la marine de guerre. On prévoyait aussi la formation d’unités blindées et motorisées. Il était également question d’augmenter les réserves en armes et en matériel de guerre, susceptibles de satisfaire les besoins de l’armée, correspondant à six mois d’opérations militaires. Entre 1933 et 1939, le Troisième Reich a dépensé pour l’armement trente fois plus que la Pologne, et soixante fois plus dans la période 1938-1939. En effet, étant donné les restrictions budgétaires, les changements ne pouvaient pas être rapides. En 1939, la cavalerie représentait 10,8% de toute l’armée, l’infanterie 49,3% (l’artillerie 14,9%, l’armée de l’Air 3,8%, la marine 2,3% et les autres 16%). Dans la Wehrmacht ces chiffres étaient respectivement 2,1%, 43.5%, dans l’armée Rouge 6,2% et 43,3%, et dans l’armée française de 6,% et 52’5%.

Si leur production était de qualité, les nouvelles usines polonaises ne pouvaient cependant fournir que de faibles quantités de matériel. Ainsi en 1939, sur 800 chars, seul 120 7TP polonais et 49 R-35 fournis par la France pouvaient combattre à égalité avec les Panzers, et parmi 400 avions de première ligne, seule 36 bombardiers Los étaient de dignes adversaires de la Luftwaffe. Parmi d’autres armes de qualité, citons le canon antichar de 37 mm, le canon antiaérien de 40 mm (système Bofors) et la carabine antichar 35 UR 7,92 mm capable de percer un blindage de 15 mm. La même année l’Armée Rouge possédait plus de 10 000 chars, la Wehrmacht 4300 et l’armée française environ 3500.

Contrairement à ce que dit la légende, l’armée polonaise, surprise par la guerre alors qu’elle était en pleine modernisation, ne chargeait pas les chars à cheval. Cependant faute d’une motorisation suffisante, elle les combattait à pied. Avant de capituler, elle a pourtant causé 50 000 pertes chez les Allemands (dont 15 000 tués), abattu 285 avions et épuisé les réserves matérielles d’Hitler pour quelques mois.

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