LES CHASSEURS À PIED

PHOTO 1

Insigne de béret des chasseurs à pied

Unité d’infanterie spécifique créée en 1840, les chasseurs à pied se sont illustrés dans de multiples combats et ont connu de nombreuses évolutions au cours de leur histoire. Les valeurs particulières transmises par leurs aînés et confrontées par la tradition sont toujours d’actualité et participent à l’esprit chasseur qui se manifeste notamment lors de la cérémonie annuelle de passation du drapeau de l’arme au Château de Vincennes.

PHOTO 1

Drapeau actuel des chasseurs à pied

Il y a 160 ans naissaient les chasseurs à pied. Le concept d’unités rapides et manœuvrières n’était pas nouveau : Sous l’Ancien Régime depuis les chasseurs de Fischer jusqu’aux compagnies de chasseurs dans les régiments de ligne et les régiments de chasseurs à pied de la Garde impériale sous le Premier Empire, la nécessité de ce type d’infanterie s’était imposée. Par ailleurs il existait, à cette époque, une infanterie légère à côté de la Ligne. La nouveauté fut de créer une unité capable de servir au mieux un armement particulier, en l’occurrence, une carabine rayée, à chargement aisé, mise au point par le capitaine Delvigne. Améliorée par le colonel Poucharra, elle fut équipée d’un sabre-baïonnette. Composée des meilleurs tireurs du 51e régiment d’infanterie, la compagnie de tirailleurs de Vincennes fut créée en 1837 et chargée de tester des équipements, des méthodes de combat et de manœuvre, alliant rapidité et précision. On expérimenta également une tenue plus pratique et confortable et surtout moins voyante, composée d’une tunique, d’un pantalon large passepoilé et jonquille, d’un shako léger et de guêtres  basse et de couleur gris de fer bleuté pour permettre une meilleur dissimulation. Au lieu de giberne portée dans le dos, on adopta une cartouchière pouvant être amenée sur le devant en glissant le long d’un ceinturon noir. Avec la rapidité du tir et l’efficacité du redoutable sabre-baïonnette, on développa celle de l’évolution : Le pas de gymnastique caractéristique du mode de déplacement des chasseurs, à raison de 180 pas à la minute. L’éducation physique fut enseignée et l’on prit soin de ne recruter des personnels instruits. Les résultats s’avérant satisfaisants, on créa un bataillon de 900 chasseurs équipés de cette carabine, à l’exception d’une compagnie à laquelle on donna une carabine de rempart (dite grosse carabine) encore plus efficace en portée et en précision.

PHOTO 1

Chasseur d’Orléans 1840 

En 1839, ce bataillon fut envoyé en Algérie et l’essai fut concluant. Aussi l’année suivante il fut décidé de créer dix bataillons de chasseurs à pied formés au camp d’Helfaut près de Saint-Omer. Le fils aîné de Louis Philippe, Ferdinand, duc d’Orléans qui suivait de près leur développement, fut nommé inspecteur de l’arme, il est considéré depuis comme le père des chasseurs à pied. En 1841, place du Carrousel à Paris, devant les bataillons réunis, le premier et unique drapeau fut remis au 2e bataillon. Dès lors, la garde de ce drapeau sera confiée. À tour de rôle, à chaque bataillon suivant un protocole qui s’adaptera aux circonstances. Cette tradition perdure et donne lieu, chaque année en septembre, à une prise d’armes au château de Vincennes.

Après la mort accidentelle du duc d’Orléans, en 1842, ces bataillons prirent le nom de chasseurs d’Orléans et partirent en Algérie sous cette appellation. Un combat meurtrier opposa le 8e de l’arme ainsi que le 2e escadron du 2e régiment des hussards aux réguliers d’Abd et Kader près de Nemours : ayant échappé à l’anéantissement de l’unité, quatre-vingt chasseurs et deux Hussards résistèrent pendant trois jours autour de Koubba de Sidi Brahim; Il y eu que onze survivants. Ce qui frappa  fut la volonté collective, la compréhension, l’esprit de résistance l’acharnement et la communauté de réaction des cadres et des chasseurs. Par la suite, et jusqu’à nos jours, les chasseurs à pied se réfèrent à ses valeurs. Le style est donné et, au fil des engagements opérationnels, ils vont se perfectionner. Après la révolution de 1848, ils reprirent l’appellation de chasseurs à pied. Le bénéfice des expérimentations fut étendu à l’ensemble de l’infanterie qui fut ainsi mieux adaptée au style de combat imposé par les autres pays.

À l’étranger, on copia abondamment cette création et pour ne pas rester en arrière-main, les chasseurs continuèrent à s’améliorer. En 1854, dix nouveaux bataillons furent mis sur pied et un bataillon figura dans la Garde impériale de Napoléon III. Les chasseurs furent alors de tous les combats : En Algérie, mais aussi lors de la guerre des Crimée (1854), sur la Baltique à Bomarsund et à Sébastopol. Quatorze bataillons en Italie en 1859 combattirent notamment Solferino, ce qui valut La Légion d’honneur au drapeau. Le 2e bataillon participa à la campagne  de Chine en 1860 et le 16e séjourna en Syrie à la même année. Quatre bataillons participèrent à l’expédition du Mexique (1862-1867) puis ce fut la guerre franco-prussienne de 1870. On sait ce qu’l advint de l’armée française, prisonnière après Sedan. Les bataillons qui avaient échappé au désastre formèrent avec les restes de d’autres unités et des volontaires, 37 bataillons furent reconstitués.

PHOTO 1

Chasseur bataillon de la garde; Second Empire

En 1895, il fut fortement question de les supprimer. Fait étonnant, ils défilèrent en chantant La protestation hymne farouche dénonçant l’incompréhension devant le sort qu’on leur destinait. Ce chant reste dans les traditions et retentit encore aujourd’hui. La menace passée, ils suivirent les évolutions, toujours à la pointe de l’actualité. En 1888, douze bataillons furent spécialisés dans le combat en montagne et devinrent bataillons alpins de chasseurs à pied, plus connus sous le nom de chasseurs alpins. Comme leurs camarades, ils servirent en Tunisie, au Maroc et à Madagascar. En 1913, les menaces se profilant outre-Rhin, il fallut à nouveau adapter l’équipement et dix groupe de chasseurs-cyclistes furent créés, ils feront face en 1914 à 1918 : ce furent alors, avec l’activation des unités de réserves, soixante-dix-huit bataillons, dix groupes cyclistes et sept bataillons territoriaux qui allaites au sacrifice pour 82000 d’entre eux (sur un effectif initiale de 72000) gagnant 242 citations à l’ordre de l’armée et 5 fourragères de la Légion d’honneur, des Vosges à la Somme, de la métropole à l’Orient ils combattirent avec acharnement, héritant de l’ennemi le surnom de Diable bleus, et offrant la Médaille militaire à leur drapeau.

PHOTO 1

Représentation d’un épisode des combats de Sidi-Brahim : Le capitaine Dutertre exhorte ses camarades à ne pas se rendre

Au lendemain du premier conflit mondial, les chasseurs à pied gardèrent leurs particularités : toujours en bleu et passepoil jonquille, tenue identique du chasseur (il ne revêt pas un uniforme mais une tenue) à l’officier (pas de bandes de commandement sur les côtés des pantalons), drapeau unique, fanfares n’utilisant que trompettes, clairons et caisses claires et surtout des cors de chasse qu’ils lancent pour les rattraper habilement tout en marchant au rythme de 180 pas  par minute et logeant dans des quartiers et non dans des casernes. Ils maintiendront ces éléments traditionnels. Ce n’est pas pour autant que leurs qualités d’adaptation s’effriteront. Tant dans les garnisons de France et en occupation en Allemagne qu’en Afrique du Nord, Silésie Memel, les modernisations se poursuivent. Quatre bataillons vont se transformer en portés sur véhicules blindés et figureront vaillamment dans les combats de 1940.

PHOTO 1

Chasseurs à pied Alpins début du XXe siècle

La Seconde Guerre mondiale trouvera au combat soixante-cinq bataillons dont certains s’illustrèrent en Norvège, à Blarégnies, dans l’armée des Alpes et en bien d’autres lieux. Du chef de bataillon Person au 3e BCP qui ne se rend, à Douville (Normandie), pour éviter la destruction du village qu’après avoir posé ses conditions à l’ennemi, aux chasseurs qui s’opposèrent au Germano-Italiens dans les Alpes, tous firent honneur à leur drapeau. Tandis que le bataillon de chasseurs d’Angleterre, se constituait outre-Manche, douze bataillons furent conservés dans l’armée de l’Armistice jusqu’en 1942. À leur dissolution ils se reconstituèrent  dans les maquis pour renaître à la Libération. Parmi les dix-sept bataillons remis sur pied, huit se spécialiseront en motorisés aux côtés des cinq Alpins. L’adaptation restant toujours leur maître-mot, le 10e bataillon devient parachutiste en Indochine. Ce fut le seul unit. De chasseurs à pied engagée organiquement sur ce territoire; de nombreux chasseurs volontaires furent intégrés individuellement  dans d’autres subdivisions d’arme. Les opérations en Afrique du Nord succédant à celles d’Extrême-Orient en 1954, la majorité des unités y est envoyée, quelques Alpins et des portés deviennent mécanisés sur blindés-chenillés, essentiellement en Allemagne.

PHOTO 1

Compagnie de chasseurs cyclistes

Les types de conflits évoluant, les chasseurs, comme les autres, sont contraints à une adaptation qui se déroule sans difficultés majeures puisque c’est dans leur tradition. Jusqu’à l’aube du XXIe siècle, la guerre froide les tient en haleine en Allemagne Fédérale et dans l’Est de la France. Leurs matériels et leurs armements se développent : On passe du fusil au FAMAS, du fusil-mitrailleur à la Minimi, de la famille des blindés AMX 13 aux transports de troupe amphibie en alliage d’aluminium AMX 10, des mortiers de 81 mm, au mortier rayés-tractés de 120 mm, la plupart du temps en expérimentant tactiquement et techniquement ces matériels comme leurs anciens de 1840. Les tenues de combat vert armée sont devenues camouflées puis bariolées et conçues pour résister aux menaces chimiques et nucléaires Pour autant le bleu et jonquille, en tenue de sortie reste de rigueur malgré l’adoption de la couleur Terre de France pour le reste de l’armée. Dans les Alpes, les chasseurs, montagnard d’élite, sont aussi rompus au combat en plaine et moyenne montagne et si leurs skis sont parfaitement adaptés, ils disposent de véhicules spécialisés toujours plus performants. Actuellement, à pointe du progrès, on expérimente le système Félin pour le combattant individuel.

PHOTO 1

Chasseurs mécanisés du 16e bataillon défilant sur les Champs-Élysées

Les savoir-faire évoluent également : Combat dans les localités, entraînement spécifiques pour les opérations extérieures, utilisation de tous les moyens de transport y compris ailes volantes et deltaplanes, apprentissage des contacts avec les populations, aide humanitaire, les chasseurs d’aujourd’hui sont partout et montrent leur efficacité en tous lieux. Pourtant, le volume a régressé : Trois bataillons Alpins (7e à Bourg-Saint-Maurice, 13e à Chambéry, 27e à Annecy), un bataillon mécanisé (16e) à Bitche et l’École de haute montagne de Chamonix perpétuent les qualités spécifiques des chasseurs et aussi leurs traditions.

PHOTO 1

Clairon de chasseurs à pied entre-deux guerres

Chez eux tous est bleu, même le rouge qui devient bleu-cerise (mais le rouge du drapeau conserve son nom de même que le ruban de la Légion d’honneur reste rouge), le jaune qui est bleu-jonquille, ils mettent des cors de chasse partout et sonnent La Sidi Brahim après La Marseillaise! Tout cela n’est pas folklore mais ciment de cohésion.

Commentaires:

Laisser un commentaire

«
»