LES SOLDATS RUSSES EN FRANCE 1916-1918

L’Arrivée du corps expéditionnaire russe en Champagne en 1916, est un épisode peu connu dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. Pourtant des dizaines de milliers de soldats de la lointaine Russie ont combattu, aux côtés des Alliés, dans la boue des tranchées en France, mais aussi en Orient. À Saint-Hilaire-le-Grand, une chapelle et un cimetière rappellent le sacrifice de ces hommes.

PHOTO 1

Les troupes russes sur le front de Champagne, juillet 1916

PHOTO 1

Général Lochwitsky

Après les accords de décembre 1915 avec la France, le gouvernement impérial russe met sur pied quatre brigades d’infanterie forte de 44000 hommes, réparties en huit régiments spéciaux. Les 2e et 4e brigades débarquent à Salonique pour se battre sur le front d’Orient aux côtés des Alliés, commandé par le général Sarrail. Elles serviront jusqu’à leur dissolution en janvier 1918. À l’issue d’un long périple depuis la Mandchourie la 1re brigade russe du général Lochwitsky débarque à Marseille au printemps 1916 et la 3e du général Maruchevski, partie d’Arkhangelsk près de la mer blanche, arrive à Brest fin août. Ces soldats au nombre de 20 000, sont rassemblés au camp de Mailly (Aube) ou ils reçoivent une instruction militaire et un armement moderne. Un détachement russe participe au défilé du 14 juillet 1916 et soulève l’enthousiasme des Parisiens. Entre-temps, la 1re brigade, formée de deux régiments (le 1re constitué d’ouvriers moscovites et le 2e de paysans de la région de Samara sur la Volga) est montée en ligne en Champagne, à Aubérive, en juin; la 3e la relève en octobre jusqu’au début de 1917. En avril, les deux brigade sont réunies et rattachées à la 5e armée française du général Mazel afin de participer à l’offensive Nivelle. Le 16 avril, les  Russes attaquent les positions allemandes au nord-ouest de Reims : En deux jours, ils prennent les ruines de Courcy, la côte 108, le Mont Spin, Sapigneul. Ils font un millier de prisonniers mais subissent de lourdes pertes : Le 20 avril, ils sont relevés par des unités françaises, après avoir perdu 70 officiers et 4 472 hommes tués, blessés ou disparus. Pour ces faits d’armes, les 1er et 3e brigades sont citées à l’ordre de l’armée.

PHOTO 1

Des prisonniers allemands capturés par les Russes remis au Français

Les lourdes tensions qui ébranlent les troupes françaises n’épargnent pas le corps russe après les bouleversements que connaît la Russie avec la Révolution de février, le 15 mars, le tsar Nicolas II a abdiqué et le 13 avril les militaires ont prêté serment à un gouvernement provisoire. Après les attaques du front de Reims, les survivants sont évacués puis regroupés au camp de Neufchâteau ou communistes et loyalistes partisans du gouvernement Kerensky s’opposent. Le haut commandement français décide alors d’éloigner les Russes du front en les envoyant au camp de la Courtine (Creuse) : 16000 hommes et 290 officiers s’y installent début juillet 1917. La crise éclate entre les deux factions, ce qui entraîne le départ de la 3e brigade en majorité loyaliste, pour le village de Felletin. Les autorités françaises observent la neutralité jusqu’à l’intervention d’un ultimatum sommant les mutins de la 1re brigade de se rendre. Après des semaines de négociations, le ministre de la Guerre Paul Painlevé, décide le blocus de la Courtine par l’armée française et fait rétablir l’ordre par les Russes loyalistes. Les 16 et 17 septembre, des canons de 75 tirent sur le camp 7500 marins se rendent, les derniers irréductibles résistant jusqu’au 19. La mutinerie aura causé une dizaine de morts. Tandis que la 1re brigade reste à la Courtine, la 3e est envoyée au camp de Courneau, en Gironde. Après la révolution bolchevique, le gouvernement français offre aux soldats russes l’alternative suivante : S’engager dans l’armée française ou être volontaires comme travailleurs militaires : Sinon être transférés dans un camp d’Afrique du Nord.

PHOTO 1

Soldat russes équipés et armée par la France durant le conflit à partir de 1916 à 1918

Alors qu’environ 10000 Russes volontaires pour le travail, 1300 réfractaires sont envoyés en Algérie. Tous seront rapatriés à Odessa en 1919. Près de 400 hommes, équipés et armés par la France, vont former une légion russe de volontaires, bataillon qui sera intégré à la 1re division marocaine du général Daugan. Les Russes se distinguent en 1918 dans les batailles de la Somme, du Soissonnais, du Chemin des Dames. Cité deux fois à l’ordre de l’armée, le bataillon gagne la fourragère de la Croix de guerre. Après l’armistice, ils occupent le secteur de Mannheim, en Rhénanie. Cette petite unité, au drapeau décoré par le maréchal Foch, a mérité son nom de Légion d’honneur russe. Sur le front d’Orient, les 2e et 4e brigades se sont vaillamment battues. La 2e brigade a ainsi été citée à l’ordre de l’armée par le général Sarrail pour sa conduite lors des attaques à Monastir, en 1916.

Commentaires:

Laisser un commentaire

«
»